10 avr. 2026

Les Derniers Parfaits




Dans le royaume de France ravagé par la guerre contre les légions catharis d’Occitania, Cristo, un soldat prisonnier, échappe à ses geôliers enchaîné à trois compagnons d’infortune. Les quatre fuyards que tout oppose doivent s'entraider pour survivre, contraints de se cacher puis d'emprunter les chemins de traverse. Commence alors pour eux une haletante course-poursuite à travers un pays ennemi dominé par des démons et vivant sous le joug d’une Église catharis fanatisée. Ici, dans les vestiges d'un antique Empire disparu, une magie ancienne continue de survivre dans des talismans et d'immenses tours-statues. Au coeur des forêts profondes et des montagnes déchiquetées des terres occitanes, pris dans le fracas des combats, Cristo et ses compagnons prendront conscience de porter en eux un pouvoir insoupçonné. Ils verront leur destin basculer et le monde trembler sous leurs pas.



Pourquoi ce livre ? Cela fait un moment que je l’avais repéré, un moment ensuite qu’il a rejoint ma PAL. Près de dix ans après y être entré, l’ouvrage sort enfin des rayonnages.

Je regrette tellement de l’avoir fait tant patienter ! Les Derniers Parfaits réunit tous les ingrédients qui construisent, à mes yeux, une bonne fantasy !
Le début nous plonge d’emblée dans la tension. On découvre un groupe de fugitifs, ou plutôt de prisonniers dans les premières pages, qui parviennent à tuer leurs geôliers et à s’échapper à l’aide d’une étrange magie. L’auteur n’apporte aucune précision, peu d’explications, si bien que le mystère reste entier sur les raisons de leur emprisonnement, le contexte historique ou encore cette étrange magie qui fascine et est crainte à la fois.
L’histoire file et la tension ne faiblit pas. Les rebondissements se multiplient au fur et à mesure que la « quête » du groupe mal assorti se dessine. Au départ, ces rebondissements me paraissaient biscornus, comme un enchaînement de lieux et de scènes qui n’avaient aucun lien entre eux. Puis, alors que les objectifs de chacun se révèlent, tout s’éclaire, tout se lie. Avec le recul, les choses me paraissent sensées.

Je n’avais franchement pas vu venir la fin ! Difficile de l’évoquer sans spolier, alors je vais juste dire que cela est cohérent avec tous les événements qui ont précédé cette conclusion. C’était imprévisible… et au milieu de cet enchaînement de souffrances réside malgré tout l’espoir.

Paul Béorn n’épargne pas ces personnages. Chacun d’eux va subir, psychiquement ou physiquement, des atrocités. Que ce soit la perte d’un être cher, des abus ou la mort elle-même, les obstacles sont nombreux et la séparation du groupe, à un moment donné, vient complexifier la donne. On frôle complètement la dark fantasy – et en même temps la dystopie, étant donné certaines scènes qui rappellent La Servante écarlate de Margaret Artwood.

L’univers prend place dans un décor historique. Ainsi va-t-on retrouver les Francs, les Occitans, et même d’autres peuples venus de contrées plus lointaines. Ce décor est parfait pour ce qui se joue ici, d’autant plus que l’auteur fait parler bon nombre de ses personnages en occitan, rendant les dialogues plus réalistes – et aussi un brin plus incompréhensibles, même si on finit par s’y habituer et à traduire quasi simultanément à la lecture. En tout cas, c’est un choix narratif auquel j’accroche souvent et ce livre n’y a heureusement pas échappé ! En parallèle, le fonds historique est savamment travaillé. On sent que l’auteur s’est renseigné, documenté, pour rendre l’ensemble crédible.

Forcément, à travers ces épreuves où les émotions diverses, parfois contradictoires, qu’ils sont amenés à ressentir, je me suis aisément attachée aux personnages. Chaque membre de la bande joue un rôle essentiel, incarne une personnalité forte, entre le paladin, le troubadour, le paysan croyant ou la mage. C’est très caricatural, formulé ainsi, et pourtant la façon dont ils sont malmenés les rend parfaitement humains, avec leurs forces et leurs faiblesses. Surtout les faiblesses. Donc j’ai franchement apprécié suivre leurs aventures. Leurs coups et blessures m’ont soulevé autant de douleur qu’à eux. C’est aussi à cause de cet attachement que la fin tend à être douloureuse… même si je me doutais que la promesse formulait au départ ne pourrait être pleinement tenue.

J’ai beaucoup aimé le style d'écriture. Ce n'est pas la force du roman, qui réside dans sa magie et ses personnages. Cependant la plume est fluide et l’auteur a très bien compris comment décrire son univers et son contexte sans alourdir la narration. C’est immersif et bien écrit, idéal pour un public plus mature.



De la très bonne fantasy. L’auteur a su maîtriser son rythme et ses rebondissements, de sorte qu’on ne s’ennuie pas sans que cela nous paraisse trop surmené. Les personnages sont attachants et la magie comme les éléments historiques sont intéressants. Que dire du dialecte occitan qui apporte une jolie plus-value à l’ambiance générale. J'ai été conquise par ce one shot, une belle porte d'entrée dans la fantasy pour un public mature.


17/20

Les Derniers Parfaits de Paul Beorn, Mnémos, 555 p.
Couverture par David Lecossu


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire