Après la Faim du monde, la France est devenue le Foodistan. Les anciennes divisions sociales ont disparu, désormais remplacées par des régimes alimentaires : panivores, capacivores, pastavores… Chacun de ces régimes façonne ses propres mythes, sa propre langue, ses propres coutumes, ses propres recettes.
Dans un monde où la poursuite de la sustentation est devenue la quête essentielle de tous et toutes, le destin de Maelle l’emmènera à travers les différentes strates du Foodistan. Au fil de rencontres extravagantes, elle découvrira les régimes les plus excentriques et s’enrichira de nouvelles recettes. Au risque de publier son propre livre de cuisine ?
Pourquoi ce livre ? J’aime bien cette collection de novellas exclusivement pensée par les femmes, j’avais envie de découvrir Ketty Steward sous ce format – je le précise car je pense l’avoir déjà lue par des anthologies.
Foodistan : Après la faim du monde est difficile à classer, à un point même où je sens que cela va être difficile pour moi d’en parler.
Cette novella est une curiosité qui mélange tant de genres que cela en devient un fricassé de tout – mais pas forcément de n’importe quoi ! L’intrigue nous plonge dans un post-apo uchronique social, à partir du moment où la pandémie de 2020, porteuse d’un nom bien spécifique dans le texte, a changé tant de choses dans notre société, la plongeant dans une sorte de dystopie de la fourchette.
L’idée est farfelue et l’autrice ne s’embarrasse pas de pincette pour nous accompagner dans son imaginaire. A nous de se débrouiller pour traduire les expressions spécialement conçues pour cette ambiance, pour comprendre la pensée véritable et en extraire quelque chose.
La plongée dans le début fut pour moi ardue. Etant donné que l’autrice ne nous donne aucune clef pour nous accompagner dans la découverte, j’ai atterri dans ce texte sans savoir à quoi m’attendre et j’ai lutté dans les premières pages, voire la première moitié, vu que le texte est relativement court. Heureusement, c’est très drôle à lire car Ketty Steward a changé, modifié pas mal de termes, techniques ou du quotidien, en d’autres qui collent à l’ambiance culinaire trahie par le titre. Traduction : j’avais beau ne rien comprendre de l’univers, j’ai souri et pouffé de rire à plusieurs tant on s’amuse. D’ailleurs, on sent à quel point la novelliste a pu s’amuser en l’écrivant !
Outre les jeux de mots, cette novella est un melting pots de plein de format différent. Une narration comme on entend trouver dans un roman, mais également des chroniques d’un blog culinaire, tenu par la protagoniste, ou encore des recettes de cuisine – qui ont l’air succulentes pour la plupart ! Cela donne du rythme à l’ensemble car tout est court, si bien qu’on tourne les pages sans trop d’hésitation.
Si la première moitié me paraît vide de sens, partageant les divers changements suscités par la pandémie, la deuxième moitié gagne selon moi en intérêt. Le propos s’épaissit par le biais des thèmes qui y sont abordés : les iniquités sociales, l’écologie, etc, tant de sujets qui dépendent aussi de la façon dont chacun s’alimente. Cela a permis de rendre la pensée de l’autrice plus concrète tout en donnant une rondeur à son roman, un intérêt plus marqué pour son propos.
Au milieu de tout ça, je ne me suis pas attachée aux personnages, très peu nombreux, car là n’est pas l’intérêt. Les entêtes de chapitre sont intéressants et plus personnels, sans que cela suffise à soulever une quelconque émotion. Maelle reste malgré tout une fille plaisante à suivre.
Une lecture qui sort de tout cadre. C’est riche de choses variées, que ce soit par les jeux de mot amenant la pointe d’humour qui allège l’ambiance, par cette ambiance dérangeante de dystopie qui s’assume difficilement ou par les thèmes qui sont questionnés. Le début n’est pas évident à aborder mais je n’ai pas regretté d’avoir laissé sa chance à cette novella car je ressors satisfaite. Ca me donne même envie de poursuivre ma découverte des productions de l’autrice !
15/20
Foodistan : Après la faim du monde de Ketty Steward, Argyll, 121 p.
Couverture par Anouck Faure




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