Il y a dix ans, la sublime cité d’Elantris, capitale de l’Arélon, a été frappée de malédiction. Ses portes sont désormais closes et nul ne sait ce qui se passe derrière ses murailles. Kae est devenue la première ville de l’Arélon. Quand la princesse Sarène y arrive pour épouser Raoden, l’héritier de la couronne, on lui apprend qu’il vient de mourir. Veuve d’un homme qu’elle n’a jamais vu, Sarène choisit pourtant de rester à la cour, et tente de percer le mystère d’Elantris…
Pourquoi ce livre ? Cela n’est jamais apparu sur le blog mais j’avais déjà ouvert, et abandonné, Elantris. A l’époque, j’avais déjà lu le premier cycle de Fils-des-Brumes. Ayant moins accroché aux prémices de cette intégrale, un des premiers textes de l’auteur, j’avais purement reposé l’ouvrage pour le reprendre au moment où je le sentirai un peu mieux. Résultat, quelques semaines seulement après avoir terminé le premier cycle des Archives de Roshar, je replonge en compagnie de ma copinaute de toujours dans l’univers du Cosmère…
Pour contextualiser un peu la chose, les Archives de Roshar prétendent au titre de la meilleure saga de fantasy pour adulte lue jusqu’à maintenant. Forcément, les attentes pour les productions de Brandon Sanderson sont de plus en plus élevées. Découvrir une œuvre de ses premiers pas d’artiste, c’est forcément accepter la simplicité.
Je ne peux pourtant reprocher les facilités scénaristiques. Le rythme ne ralentit jamais et ce livre épais se lit avec une aisance déconcertante – mais appréciable malgré tout ! Seulement les scènes se suivent sans se ressembler et j’avais parfois l’impression d’avoir manqué un épisode ou deux dans le déroulé. Par ailleurs, l’auteur ne s’embarrasse pas de préciser la temporalité. A un moment donné, ça parle d’une année écoulée, à un autre moment on parle de deux mois, sans jamais avoir le sentiment que les événements soient si lointains ou au contraire si rapprochés. En fait, j’ai même eu le sentiment que tout s’enchaînait jour après jour, surtout dans le premier tome, au point que les choses se seraient déroulées en l’espace de quelques jours. A priori, c’est une impression fausse.
Pour en revenir aux facilités scénaristiques, tout est trop… facile. Sans déconner. La princesse Sarène mène le roi et sa cour à la baguette, Raoden se lie d’amitié avec la bonne personne et bouscule le règne de certains autres en quelques pages. Sans que l’ensemble devienne prévisible, ces facilités ne permettent aucune surprise. C’est pourquoi j’ai lu Elantris avec une curiosité patiente, sans jamais ressentir le désir effréné propre aux romans de l’auteur.
En raison de ces facilités, je ne me suis jamais attachée aux personnages pour qui tout est facile – excepté la douceur persistante de Raoden. Sarène est trop sûre d’elle, ce qui lui permet d’obtenir tôt ou tard ce qu’elle souhaite – et sans trop de résistance, donc. Elle paraît ainsi trop gâtée par son père et trop soutenue par des nobles qui ne la connaissaient pas une semaine auparavant. J’ai préféré Raoden, qui se démène pour toujours faire ressortir le côté positif d’une situation, même quand celle-ci paraît désespérée. C’est bien l’espoir qui le fait vivre et lui permet de rallier bon nombre de partisans. Le personnage le plus mystérieux et le plus nuancé concerne le gyorn Hrathen, sorte de prêtre en proie aux doutes sur sa foie. Pour autant, il souhaite mener à bien la tâche qu’on lui a confiée pour prouver qu’il croit toujours en son culte. J’ai sursauté de plaisir en découvrant la présence d’un personnage que je ne m’attendais pas à croiser : Sanderson, petit filou !
Pour en finir au sujet des personnages, j’ai été exaspérée de tant de mièvreries entre deux personnages, d’autant plus quand les tempêtes qu’ils traversent ne permettent pas ces instants de rires ou d’élans amoureux. Le décalage entre le couple et les événements étaient trop grands pour que cela soit crédible, surtout quand le couple a du sang royal, surtout quand le couple est responsable de deux univers différents, surtout quand le danger est omniprésent et que madame la mort rôde. Bref, ce n’était pas crédible et tant de sentiments dégoulinants en de tels instants m’ont parue hors de propos au point de me faire lever les yeux au ciel. Et ça, ce n’est pas courant avec du Sanderson !
La fin m’a également déplu. J’ai l’impression que les choses allaient trop vite et que cela paraît dans tous les sens. Et, encore une fois, la résolution est presque trop facile alors que le désespoir atteint son apothéose.
L’intégrale est déjà bien épaisse, je ne peux pourtant m’empêcher de regretter que les décors de Kaë, la capitale dans laquelle évolue Sarène, et d’Elantris ne soient pas davantage décrits. Non seulement j’ai eu du mal à savoir dans lequel des deux endroits j’évoluais en début de lecture mais j’avais également du mal à me représenter les lieux.
J’avais constaté avant même d’entamer ma lecture que la traduction n’était pas réalisée par Mélanie Fazi mais par Pierre-Paul Durastanti. Je suis tellement habitée au style de la première que je redoutais cette lecture. Finalement, même si on perd un peu de la sensualité dans le style, l’efficacité et les mots de Sanderson sont toujours là.
En revanche, je déplore un gros manque de travail éditorial sur la relecture et la correction. Les fautes ortho-typographiques étaient nombreuses. Il manquait parfois des mots, parfois une coquille changeait le sens d’un mot et c’est tout le passage qui ne signifiait plus rien. C’est horripilant de constater que le travail d’un auteur et d’un traducteur n’est pas respecté par leur éditeur.
J’ai bien aimé et j’ai passé un bon moment, malheureusement je pense que je retiendrai surtout les points négatifs : l’amour mièvre déplacé au cours de certaines scènes, les nombreuses facilités et un manque d’approfondissement. Avec ma copinaute, nous avons lu cette œuvre en nous répétant que c’était l’une des premières productions de Brandon Sanderson pour que nous devenions moins exigeantes. Cette intégrale est une bonne porte d’entrée car tous les ingrédients propres à l’auteur sont réunis (je n’ai pas parlé de la magie mais elle est ici originale). De mon côté, j’ai hâte de retrouver une œuvre plus élaborée !
14/20
Elantris, intégrale de Brandon Sanderson, Le Livre de Poche, 929 p.
Traduit par pirre-Paul Durastanti, Couverture par Stephan Martinière





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