12 oct. 2019

Royaume de vent et de colères




1596. Deux ans avant l'édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s'oppose à Henri IV, l'ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi. À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme. Les pions sont en place. Le mistral se lève. La pièce peut commencer.



Pourquoi ce livre ? Je l'avais repéré dès sa sortie puis une amie l'a lu en juillet et me l'a recommandé (il était déjà dans ma PAL). À son tour, Ratkiller l'a lu et m'a dit que c'était bien (ce qui signifie excellent dans son jargon ^^). J'ai donc fini par le sortir de son trou.

Royaume de vent et de colères est un récit mêlant magie très discrète, et histoire, très discrète aussi. Par un jeu de passe habile, cette histoire se concentre sur les personnages, et chacun a droit à la parole, relatant leur passé, leur présent, se passant la balle comme dans un jeu de rôle où les scènes sont communes. J'ai apprécié l'astuce, rare en roman, ce qui lui confère un bon rythme et un souffle original.
Je fus en revanche déçue que le contexte historique ne soit finalement qu'un prétexte à ses rencontres. J'aurai souhaité un peu plus de développement, même si je conçois que là n'était pas le but de l'auteur, comme il l'explique dans l'interview qui suit.

Il faut néanmoins reconnaître que pour un livre qui se prétend du genre fantasy, la magie est particulièrement peu présente, ce qui m'a là encore fait l'effet d'une bouffée d'air frais. En effet, la magie passe par une pierre, l'artbon, ramenée de mémoire des croisades. Ainsi la pierre est proche de la religion, sans qu'il y ait de conflit majeur entre les deux croyances, si je puis dire, puisque l'une serait l'objet de l'autre, la volonté de Dieu. Toutefois l'artbon a sa propre malédiction et permet ainsi d'équilibrer cette magie puissante, par ailleurs très peu utilisée. Les allergiques se la fantasy pourraient donc tout aussi bien trouver leur compte dans cette lecture.

Le développement des personnages est donc au centre de cette intrigue. Évidemment, on se prend d'attachement pour la plupart d'entre eux, comme Axelle et Victoire, mes personnages préférés. Et les deux seules femmes du récit, oui. L'une fut mercenaire et a troqué son capitanat pour le tablier dans une auberge. L'autre est savonnière le jour, commande une guilde d'assassins la nuit. Deux personnages au caractère fort, déterminé et autoritaire. Elles ont dû mener leur barque finement pour parvenir à leur statut, et on peut dire que cette grande force impose le respect. La douceur n'en est pas moins présente, l'une envers un vieux chevalier, l'autre envers un gamin battu.
Les hommes ne sont évidemment pas en reste. Dans un contexte historique trouble où il fait faire des choix, le chevalier Gabriel ressasse son passé quand Armand fuit le sien avec son amant. J'ai bien aimé le caractère droit du chevalier, on sent qu'il veut se racheter et expier une faute qui n'est pas vraiment la sienne. Quant à Armand, on ne peut pas dire que je l'ai grandement aimé, sauf à la fin peut-être.
Enfin, j'ai une pensée pour Silas, le meneur de temps si je puis dire, dont la verve comme la vivacité m'ont donné l'impression qu'il aurait pu rejoindre sans CV la bande des Salauds Gentilshommes.

Le style est direct, ne s'embarrasse ni de belles phrases, ni d'un lexique complexe. L'auteur va droit au but, accentuant le sentiment de rythme effréné. Ce n'est pas un style que je souhaiterais parcourir dans chacune de mes lectures mais son efficacité primant sur la finesse fut une belle parenthèse.

La nouvelle qui fait suite est intéressante et permet d'en apprendre plus sur un personnage discret, à savoir Gabin, le commis de cuisine dans l'auberge d'Axelle. Jeune louveteau qui cherche à survivre et se faire une place dans une société qui veut difficilement de lui, je trouve ça cocasse qu'une nouvelle lui est dédiée, comme si le rejeton de la bande nécessitait un format court. Je la trouve utile car je me suis finalement posée pas mal de questions sur ce "gamin sans aime", la raison de sa présence dans l'auberge et pourquoi Axelle l'apprécie tant, entre autres.
L'interview fut également sympathique à lire, l'éditeur posait des questions intéressantes et les réponses apprennent beaucoup de choses sur l'auteur, ses envies, etc.



Si mes attentes sont légèrement déçues, ce livre reste un excellent one shot dans la Fantasy historique. Certes, le contexte est peu suffisamment développé à mon goût, mais ce défaut est amoindri par une magie qui est tout aussi discrète. Finalement, comme il est dit dans l'interview, l'auteur souhaitait mettre l'accent sur ses personnages et c'est réussi puisque je me suis attachée à tout le monde, à une exception. Globalement, j'ai passé un excellent moment et je recommande le bouquin, même pour ceux qui ont mauvaise opinion de la fantasy. De mon côté, je note Bouddica dans un coin de ma tête !



16/20




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