22 mai 2016

Les Salauds Gentilshommes, tome 1 - Les Mensonges de Locke Lamora





                On l'appelle la Ronce de Camorr. Un bretteur invincible, un maître voleur. La moitié de la ville le prend pour le héros des miséreux. L'autre moitié pense qu'il n'est qu'un mythe. Les deux moitiés n'ont pas tort. En effet, de corpulence modeste et sachant à peine manier l'épée, Locke Lamora est, à son grand dam, la fameuse Ronce. Les rumeurs sur ses exploits sont en fait des escroqueries de la pire espèce, et lorsque Locke vole aux riches, les pauvres n'en voient pas le moindre sou. Il garde tous ses gains pour lui et sa bande : les Salauds Gentilshommes. Mais voilà qu'une mystérieuse menace plane sur l'ancienne cité de Camorr. Une guerre clandestine risque de ravager les bas-fonds. Pris dans un jeu meurtrier, Locke et ses amis verront leur ruse et leur loyauté mises à rude épreuve. Rester en vie serait déjà une victoire...






           J’ai lu ce premier tome dans le cadre d’une lecture commune sur le challenge Lire ensemble, organisé par Kyradieuse. Mes attentes pour ce livre étaient particulièrement élevées puisque je souhaitais m’immerger à fond dans la Dark Fantasy, avec des complots à gogos et des rebondissements en veux-tu en voilà ! J’ai eu le plaisir de découvrir que je ne fus pas déçue : ce livre est tout simplement miam !

       Le prologue nous plonge d’emblée dans la Dark Fantasy où les voleurs, sans être les rois et autres grands meneurs de la société, ont une place néanmoins privilégiée qui entraîne l’ensemble dans un équilibre précaire. De plus, et à l’instar de la plupart des interludes qui nous livrent sa progression dans l’ordre, le prologue est l’occasion de découvrir la manière dont s’est jouée l’entrée de Locke dans la bande des Salauds Gentilshommes, alors qu’il n’est même pas âgé d’une dizaine d’années, après une enfance difficile. Ainsi, si la majorité du récit ne porte pas sur cette fameuse progression, l’auteur laisse tout de même une petite place au parcours initiatique, rendant l’attachement pour Locke encore plus profond et intense (non, je ne suis pas amoureuse, je l’ai simplement beaucoup apprécié !).
       Il est difficile de parler de l’intrigue sans avoir l’impression de spolier car chaque détail compte dans cette toile d’araignée, tout est ficelé ensemble et les péripéties insignifiantes du début prennent tout leur sens dans les dernières pages. Ainsi, hormis évoquer la tension allant crescendo jusqu’à l’implosion finale, hormis ces rebondissements audacieux et ces prises de position surprenantes, avec des revers de fortune qui dépassent l’entendement, Scott Lynch nous livre un premier tome excellemment travaillé et addictif. On rit, on pleure (littéralement), on prend plaisir à côtoyer cette bande de joyeux lurons, des voleurs au « grand cœur ».
       Je peux quand même/juste vous dire que cette intrigue se lance sur les bases d’un grand coup, le plus gros que Locke avait osé jusqu’à maintenant. Mais cela ne se passera pas comme prévu, loin de là, et le chef des Salauds Gentilshommes devra user de tous ses petits stratagèmes pour parvenir à se sauver des griffes qui se resserrent sur sa bande.      
       Je souhaiterai également mettre en garde contre un jeune public : considéré comme de la Dark Fantasy, la violence est décrite avec les soins que ce soit dans l’action (beaucoup, beaucoup, beaucoup de sang) ou dans les allusions (les comparaisons ont souvent lieu selon le sexe ou la mort).

       De mon côté, j’ai apprécié l’ambivalence entre le « bien » et le « mal ». En effet, Scott Lynch nous démontre que les méchants selon un jugement moral ne sont pas forcément dénués de bonté et vice versa. L’auteur nous fait ainsi réfléchir sur cette notion plus que subjective et, peut-être, changer d’opinion sur certains comportements.

       Mais ce livre est original tant par le contenu que par la forme. En effet, les grandes parties sont divisées en chapitres qui s’alternent avec des interludes, et les uns comme les autres sont eux-mêmes divisés en sous-partie. Cela montre une grande maîtrise de la structure comme de la temporalité et ce choix permet également de pouvoir lire ces courtes sous-parties entre deux activités puisque cela prendre au maximum dix minutes, ce qui est quand même un petit plus non dérisoire pour un pavé aussi épais.
      
       Comme j’ai déjà pu le faire remarquer, les personnages qui composent les Salauds Gentilshommes sont tous plus attachants les uns que les autres. Derrière son masque de gravité et malgré les responsabilités qui lui incombent par sa position de chef de bande, Locke Lamora réussit par moment à se dérider et même sa force mentale en fait quelqu’un d’intéressant à suivre.
Il en va de même pour Jean Tannent, que je considère comme son bras droit, qui fait preuve de plus de technique, de savoir, d’érudition, lui qui est féru de livres. Jean est néanmoins capable de manier deux haches en même temps, autant dire que c’est un personnage à double tranchant (ahahah, jeu de mots pourri ! XD).
Et puis il y a les frères Sanza, Calo (que j’ai toujours lu Cardo, sans savoir pourquoi) et Galdo, deux jumeaux capables de bien des prouesses dans la triche et l’art de la simulation, et Moucheron, le benjamin de la bande, attachant par son âge et la force de ses convictions.
Le reste des personnages servent à la hiérarchie de Camorr, comme le capa Barsavi à qui tous les voleurs doivent rendre des comptes sous peine de mourir, ou encore l’Araignée qui dirige d’une main de fer la Division Minuit. Les riches sont également soumis aux castes avec les don/donna ou encore les Comte, allant jusqu’au seul duc, le duc de Nicovante. Bref, y’a une richesse incroyable de personnages qui permet d’approfondir les intrigues tout en leur donnant une note des plus réalistes. Un petit bijou, de ce côté-là.
Enfin, je ne pouvais pas refermer le chapitre des personnages sans évoquer Sabetha, où seul le nom apparaît à plusieurs reprises dans le récit. Elle qui fut membre des Salauds Gentilshommes et qui semble avoir des liens particuliers avec Locke, elle reste invisible et je me suis posée beaucoup de questions quant à sa réelle fonction dans cet univers. Bien sûr, je fus frustrée de n’obtenir aucune réponse, mais je ne doute pas que cela viendra par la suite ! Scott Lynch a trouvé le moyen suprême de me tenir en haleine !

Le style se lit tranquillement. Sans être trop léger, il n’est pas non retors, et je pense que c’est l’idéal pour un univers tel que celui qu’il s’est employé à créer. Sans trace de poésie ou d’humour, sa plume nous entraîne dans le confins de Camorr avec un délice non dissimulé et j’annonce déjà que j’ai hâte de me reperdre dans cet univers hostile.

En conclusion, sans être introducteur, ce premier tome aura su me charmer par ses nombreux personnages, par la profondeur et la justesse réaliste de l’intrigue qui se démultipliera à foison, par cette plume neutre qui nous entraînera dans les confins de confrontations avec le diable. La violence devient alors justifiée, le sang coule à plusieurs reprises, des allusions au sexe sont suggérées, tout comme Scott Lynch distille ses énigmes sans y répondre. Ce premier tome est un bijou sans être un coup de cœur, mais je serai plus que ravie de découvrir la suite des aventures de Locke Lamora !





Les autres titres de la saga :
1. Les Mensonges de Locke Lamora
2. Des horizons rouge sang
3. La République des voleurs
- Saga en cours - 

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