27ème siècle. L’Humanité s’est étendue à toute la Voie Lactée. La nouvelle frontière, ce sont désormais les Nuages de Magellan, mais les Compagnies ont fini par renoncer à tout projet de colonisation, préférant les affaires aux rêves d’exploration spatiale. Deux siècles auparavant, l’humanité a pourtant maîtrisé l’énergie sombre, une ressource quasi illimitée, mettant ainsi fin aux guerres pour les énergies fossiles. Ont suivi plusieurs siècles de liberté, d’exploration, d’avancées… Puis, insidieusement, de nouveaux jeux de pouvoir et d’influence se sont mis en place, conduisant à la multiplication des hors-la-loi. Depuis, un mythe court la galaxie : des pirates auraient créé sur Carabe, une planète perdue, une république idéale, hors d’atteinte du pouvoir des Compagnies. Dans l’un des derniers postes frontières avant les Nuages, Dan, une jeune serveuse idéaliste, chante du blues dans un bar pseudo texan tout en rêvant d’aventures stellaires. Elle est fascinée par Mary, une cliente taciturne dont on dit qu’elle serait peut-être une ex-pirate… Les Nuages de Magellan n’ont pas dit leur dernier mot !
Pourquoi ce livre ? Estelle Faye est en général une autrice que j'apprécie par la diversité de ses univers. J’ai connu quelques déceptions, pas au point d'être rédhibitoire. Comme cela faisait quelques années que je m'étais plongée dans une de ses œuvres, j’ai profité d’un ABC Imaginaire pour en lire un autre.
Malheureusement je ressors déçue par Les Nuages de Magellan.
D’abord je n’ai pas le sentiment que ce roman se destine à un public adulte. Certaines discussions et certains choix peuvent faire preuve de maturité, c’est globalement écrit avec légèreté et l'intrigue ne montre aucune complexité. Je suis d’ailleurs déçue par cette dernière. L'élément déclencheur est un peu facile, semble décousu, et n'entraîne en réalité que peu d’anxiété pour nous, lecteurs - c'est évidemment plus éprouvant pour une héroïne en perte totale de repères. Au-delà de ça, l'intrigue n’acquiert de la profondeur que dans le dernier tiers. Avant cela, je me suis passablement ennuyée, jusqu'à lire quelques longs passages en diagonale. Les interactions entre le Capitaine et la fugueuse sont assez pauvres et les dialogues sonnent creux. On sent que la volonté est de faire exprès de rendre les échanges très secs, presque condescendante dans un sens, pour que la complicité qui naîtra plus tard paraisse plus belle. Je suis mitigée face à ce procédé.
Heureusement, j’ai bien aimé la fin. En fait, j’ai été surprise de découvrir que la fin attendue suite à ce flot de tension n’apporte pas le point final au roman, qu’il s'ensuit encore quelques dizaines de pages pour déterminer la situation de chacun. Ce fut une belle surprise car cela ouvre l’intrigue vers quelque chose de plus grand, avec une lueur d’espoir au bout du chemin. Sans cela, je pense que ce roman n’aurait pas obtenu la moyenne.
Étant donné le manque d’accroche avec l'intrigue, j’ai franchement eu du mal à apprécier les personnages. Forcément, le caractère assumé de la vieille pirate Mary Reed fascine. Elle incarne la liberté dans ce qu’elle a de plus pur, malgré sa mémoire défaillante et son rêve déchu. J’ai été excédée par Dan, qui s'apitoye sur son sort un moment avant de prendre son destin en mains. J’aime beaucoup ce qu'elle devient a la fin, je déplore simplement la façon dont elle a tracé sa route.
Si on considère la Compagnie comme un personnage à part entière, ce dernier manque clairement de présence et de dureté. Ils sont décrits comme étant une organisation violente, prête à tout pour détruire la piraterie. Je les ai trouvés assez passifs, en dehors du traitement qu'ils ont réservé à Mary.
Petit aparté concernant le titre du livre, que je trouve peu parlant et peu en lien avec le contenu du récit. Les Nuages de Magellan évoquent un lieu stellaire qui apparait une ou deux fois dans le récit et/ou dans le discours des personnages. A mes yeux, cela ne situe pas l'intrigue et cela ne situe pas non plus le décor, sauf dans un chapitre à la rigueur. Je suis donc étonnée de ce choix de titre.
Ce roman n'était pas fait pour moi. Pourtant j'aime beaucoup la piraterie et la révolte que ces derniers souhaitent soulever ici, pour le bien du peuple. Cela ne suffit pas à rendre la lecture palpitante et les personnages attachants. L’intrigue est molle, manque de peps dans les deux premiers tiers, ce qui ne colle pas avec l'ambiance jeunesse induite par une écriture scolaire et un manque d’approfondissement. Bref, malgré une bonne fin apportant son lot de surprises et d'espoir, je suis dubitative. Cette œuvre ne fera pas partie des plus marquantes de cette autrice francophone de renom.
11/20
Les Nuages de Magellan d'Estelle Faye, Folio SF, 306 p.
Couverture par Alain Brion





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