29 mai 2026

Jardins de poussière




« Les yeux fermés, j'imagine les photons rebondissant entre les particules de poussière. J'imagine leurs chemins sinueux le long du dédale de surfaces vives, les pièges, les impasses, les culs-de-sac, les chausse-trappes. J'imagine Cigale qui accomplit sa rotation sous les étoiles, modifiant l'angle des rayons du soleil sur les panneaux. J'imagine les couleurs, changeantes, chatoyantes. Une nouvelle façon de voir... ».



Pourquoi ce livre ? Cela fait un moment maintenant que j’ai découvert Ken Liu. D’abord par La Ménagerie de papier, un emprunt que j'avais savouré, puis par d’autres textes un peu plus longs. Ce second recueil m’a tout de suite attirée, au point d’atterrir rapidement dans ma PAL après sa sortie. Cinq ans plus tard, il était temps de l'en sortir !

Les textes sont précédés d’une préface rédigée par l’auteur pour s’adresser au public français.

On commence en douceur avec la nouvelle éponyme. Jardins de poussière m’a rapidement rappelée le film Mickey17. L’auteur y pose la question de ce qu’est une vie, de son utilité, de la nécessité de se mettre en danger pour la communauté. J'ai retrouvé avec plaisir la pudeur caractéristique du style de l’auteur. J’ai beaucoup aimé, en dépit d’un manque d’originalité - peut-être à cause de la taille de la nouvelle qui ne laisse aucune place au développement. (14/20)

La deuxième nouvelle, La Fille cachée, m’a beaucoup plus parlé, probablement parce que le décor tend davantage vers de la fantasy médiévale que de la science-fiction. Une jeune fille enlevée par un maître assassin et éduquée pour donner la mort (ou voler la vie, comme ils se plaisent à le dire) à son tour. Ce texte, plus long, pose la question de la vie, des répercussions plus ou moins grandes que la mort ou la vengeance peuvent amener. C'était intelligent et doux, malgré le sujet très fort. J’ai beaucoup aimé, surtout la fin qui permet d’affirmer que rien n’est inéluctable, que le choix nous appartient. (18/20)

J’ai adoré Bonne chasse, même si je suis persuadée l'avoir déjà lue quelque part. Je connaissais l’histoire de bout en bout, d'autant plus que la fin est terrible à un point inimaginable. Le conflit entre tradition et modernité est flagrant, tout comme l’opposition entre le merveilleux par les créatures et la science-fiction par le décor, notamment quand la petite magie disparaît au profit du charbon et de l’acier. Les gens s’adaptent, gagnent en immoralité, inhumanité. Ce texte est un coup de cœur, qui me marquera encore longtemps. (20/20)

Malgré un manque d'originalité, j’ai complètement adhéré à la mise en scène de Rester. Déjà parce que le narrateur ne prend aucunement parti entre la décision de rester ou de partir, avec ce que cela entraîne. Aussi parce qu’au même titre que la religion, nous ne savons pas ce que sera la suite, si c’est le bonheur et l’immortalité évoqués ou le néant, faisant de cette Éternité une arche numérique, une religion 2.0. J’ai adoré le parallèle des deux temporalités avec leur fin inéluctable. Au milieu de tout ceci, le choix demeure. Le plus dur reste à déterminer ce que j’aurais fait, moi, devant un tel choix… (17/20)

J’ai été déçue par Ailleurs, très loin de là, de vastes troupeaux de rennes. J’ai plutôt aimé l'enchaînement avec la nouvelle précédente… Du reste, je me suis ennuyée avec cette histoire de multi dimensions et de cette enfant qui va perdre sa mère dans une mission d’exploration. Je pense que le récit ne fera pas long feu dans mes souvenirs. (08/20)

Souvenirs de ma mère fut une lecture… déroutante. Très courte, l'intrigue ne repose sur rien, si ce n’est une enfant qui grandit avec une mère dans l’espace. Dans un sens, cela ne peut que rappeler Interstellar de Christopher Nolan. Malheureusement cela va trop vite, à un point où l'émotion ne passe pas, malgré la relation complexe qui se dévoile devant nous. Bien dans l’idée mais un peu déçue quand même. (11/20)

Pas de bol, la nouvelle suivante, Le Fardeau, fut ennuyeuse. Autant j’aime bien découvrir les récits sur une vie extraterrestre, ou sur une civilisation d'avant et ce texte réunit ces deux choses. Cependant le développement est trop paresseux pour une révélation simplement cocasse. Les personnages ne m'ont pas semblé attachants non plus. Dommage, la nouvelle ne me marquera probablement pas. (12/20)

Si j'ai bien aimé découvrir Nul ne possède les cieux, je l’ai trouvée extrêmement et inutilement longue pour une morale finalement décevante. Les personnages ne sont pas attachants si bien que je ne rêvais que d’une chose, passer justement à autre chose… (10/20)

Malheureusement, la suivante m’a paru plus longue encore. Je n’ai pas compris l'objectif ni le message de Long-courrier, je suis donc passée à côté… (07/20)

Je sors enfin de ce triste cercle de mauvaises nouvelles avec Noeud. J’ai retrouvé toute l’intelligence de l'auteur avec ce texte qui décrit l’opposition entre les connaissances traditionnelles et le capitalisme moderne. L'ensemble est relié par l’industrie pharmaceutique, de la façon dont les chercheurs usent de la médecine traditionnelle pour leurs profits. C'est percutant et tout le propos est bien amené. La fin n’est que dégoût. J’ai adoré. (18/20)

Je me suis vaguement ennuyée sur Sauver la face, et pourtant je reconnais l’intelligence du format, version entretiens de deux-trois personnages, ce qui oppose points de vue entre deux personnes issues de cultures différentes. Cela permet de constater l'absurdité des jugements des uns envers les autres et vice versa. Cette nouvelle sonne si juste, étant donné la politique internationale actuelle… Bref, je suis restée indifférente aux personnages mais je reconnais le génie derrière les lignes. (13/20)

J’ai bien aimé Une brève histoire du Tunnel transpacifique. Bien que le récit m’ait encore paru longuet par moment, la force réside dans le devoir de mémoire et le rappel de toutes les vies sacrifiées par les puissants pour faire en sorte que le monde aille toujours plus vite, en renouvelant la preuve de la puissance des grandes nations. La fin a sonné juste à mes yeux. (15/20)

Malheureusement on repart dans les travers avec Jours fantômes, car je n’ai tout simplement pas compris le propos et le lien entre les trois protagonistes, chacun évoluant dans une époque différente. J’ai lu cette nouvelle avec patience mais je n’en ai rien à interpréter de concret… (08/20)

Je ne savais pas à quoi m'attendre avec Ce qu’on attend d’un organisateur de mariage - vu le titre, je savais qu’on éclairerait ma lanterne. La nouvelle tient sur deux pages et j’avoue avoir souri devant cette réclame originale. Pas de doute qu’on ne s’attend pas à cela quand on évoque un mariage ! En tout cas l’avant dernier point de la publicité m’a fait glousser par son ingéniosité. L'espèce humaine, naïve ? (16/20)

Empathie byzantine doit être la plus longue nouvelle de ce recueil. Un peu trop longue à mon goût, peut-être, bien que je l’ai lue attentivement car le sujet m’intéressait. Ken Liu y traite du poids des médias et des financeurs dans le monde associatif et caritatif (sujet qui me touche particulièrement étant donné mon travail et les multiples dons au cours de l’année). J’ai franchement aimé le sujet, la façon dont tout est amené. La fin m'a un peu déçue car inutilement compliquée et longue. Cela reste une bonne lecture, même si je ne suis pas certaine que cela me marquera dans la durée. (14/20)

Black Mirror aurait tellement pu adapter Dolly, ma poupée jolie. Tout y est. La technologie, un personnage humain, des émotions pures, une fin tragique. Cette nouvelle est très courte. Un peu trop - ouais, je ne suis jamais satisfaite. Je pense que la fin aurait gagné en tragédie si on avait eu les premiers moments entre Amy et Dolly. L’achat, les câlins, quelques passages de Amy qui grandit et trouve des forces, une écoute, dans sa poupée. Il n'empêche que le message passe et qu'il a fallu peu de mots pour rendre la fin cruelle (16/20)

Animaux exotiques m'a bien plu. Au travers de ces personnages génétiquement modifiés, l'auteur transpose tous les problèmes des ethnies minoritaires et de la suprématie des riches sur la recherche et les fantasmes les plus inavouables. Le comportement des deux protagonistes est étrange mais s'explique par leur nature et leurs origines. C'est court et percutant, tout ce que j’aime. (16/20)

Nous sommes sur un bel enchaînement puisque j'ai également adoré Vrais visages. Mes valeurs font en sorte que je suis contre le fascisme, ce qui m’amène beaucoup de réflexions sur le respect de l’équité. Je trouve que Ken Liu aborde très clairement les problèmes que cela engendre, les idioties également, en tenant compte des points positifs et négatifs. Par l’humeur de son personnage, qui se questionne intérieurement tout au long de la nouvelle, et par les échanges avec ce candidat à un poste, le sujet est entièrement traité. Ce n' est pas du génie mais on sent que l’auteur a pleinement réfléchi à son projet. J'adhère beaucoup ! (18/20)

Moments privilégiés m’a paru plus classique. Comment la science et les inventions qui en découlent en ajoutant le sel de la vision d’un inventeur lambda, qui tente d'aider ses proches et qui entraîne d’autres problèmes sociétaux dans son sillage. Ce n'est pas inintéressant, ça me semble juste moins travaillé que les textes précédents. (13/20)

Rapport d’effet à cause fut plutôt drôle à lire, on perçoit toute l'ironie de la situation alors que c'est une nouvelle très courte, à peine cinq pages. Pas marquante pour autant, j’ai eu le sentiment que c'était plus un interlude qu’autre chose. (12/20)

J’ai eu du mal avec Imagier de cognition comparative pour lecteur avancé. Cela démarre avec une plume très poétique avant de partir sur un propos philosophique. Encore une fois, on retrouve une famille très soudée, avec un objectif commun. Tant que les enfants suivent. C'était intéressant à lire. De là à dire que j’en retire un message clair, j’en suis incapable… Je ne dois pas faire partie de ce club très sélect des lecteurs avancés. (11/20)

La Dernière Semence est très court et m’a beaucoup rappelé Projet Dernière Chance, vu récemment (ce recueil est plus vieux). Cela parle de carburant et de combustion, de comment continuer les voyages de système en système. J’y ai trouvé peu d’intérêts (07/20)

Je ressors moyennement convaincue par Sept anniversaires. C'était concis et intense, avec un propos très porté vers les puissances de l’univers, flirtant avec tous les concepts de hard SF. Et comme à chaque fois que la complexité s’empare d’un récit de science-fiction, je déplore l'absence d'émotions. Selon moi, les personnages de cette nouvelle auraient dû se montrer plus démonstratifs pour rendre la fin plus impactante. C'était sympathique à lire mais j’imagine que je vais vite l'oublier. (13/20)

Printemps cosmique ne clot malheureusement pas ce recueil sur une bonne note. C'est long, ça manque d'émotions et le message véhiculé n'est pas clair. Quelques jours après ma lecture, j'ai déjà oublié le propos ou les détails. Dommage... (08/20)



Je ressors globalement mitigée par ce recueil. J'ai adoré certaines nouvelles, qui m'ont fait vibrer et voyager. Malheusement la moitié du recueil ne m'a pas convaincue, soit en raison d'un message peu clair, soit en raison d'un manque flagrant d'émotions. Même la plume a parfois perdu en pudeur ou poésie, qualité que j'apprécie en général chez lui. Le recueil était donc sympa mais sans plus.


13/20

Jardins de poussière de Ken Liu, Le Bélial', 544 p.
Traduit par Pierre-Paul Durastanti, Couverture par Aurélien Police


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