22 juin 2026

Les Rois-dragons, intégrale




Jadis, la race des hommes faillit bien disparaître sous les crocs des dragons, mais ils découvrirent un procédé alchimique par lequel ils soumirent leurs prédateurs. Les terribles créatures servent aujourd'hui de montures aux chevaliers et de monnaie d'échange entre les grandes maisons aristocratiques. Les Royaumes ont prospéré, attirant bien des convoitises, comme celle de cet homme qui rêve de les diriger tous. Un homme prêt à empoisonner des rois et des reines. Un homme prêt à assassiner sa maîtresse et à coucher avec la fille de cette dernière. Mais des flammes vont lui barrer la route du pouvoir. Un dragon s'est échappé, et il a retrouvé ses pleines capacités intellectuelles. toute sa fureur... À lui tout seul, il pourrait bien mettre la race des hommes à genoux.
Et il n'est pas seul.



Pourquoi ce livre ? Je suis plutôt fan des dragons, sans non plus en faire une collection. Un peu comme les pirates, je suis rarement déçue par une histoire contenant ces créatures. Cette intégrale est parue début d’année 2016, il a rejoint ma PAL quelques mois plus tard. Dix ans après, il est enfin sorti de ma PAL !
J’ai longuement pesé le pour et le contre entre faire une chronique tome par tome ou une unique chronique de l’intégrale. Comme j’ai dévoré les tomes d’une traite, je me suis dit qu’autant faire un compte-rendu de l’expérience de lecture au global - d’autant plus que le tome par tome implique possiblement plus de spoil…

Le prologue du premier tome peint efficacement ce qui sera le contenu de ces mille cent pages et quelques. Une romance à dos de dragon, des sentiments dégoulinants qui finissent avec une reine qui chute de sa monture et un homme qui se gargarise d’avoir occis un obstacle sur sa route. Je vous présente Jehal, personnage machiavélique qui ne se refuse rien pour parvenir à ses fins.

J’ai très vite comparé cette histoire des Rois-dragons à d’autres grands auteurs de fantasy anglophone. D’abord les personnages machiavéliques, les morts qui se suivent et ne se ressemblent pas, cette lutte pour le pouvoir et toutes les fins pour y parvenir, ne sont pas sans rappeler Le Trône de fer de George R. R. Martin, qui n’a pas son pareil pour surprendre par les morts les plus inattendues. C’est un peu pareil ici, avec des personnages centraux qui disparaissent de façon brutale - et expliquée. Dans le même esprit, les empoisonnements qui se multiplient laissent un point d’interrogation sur le ou les coupables et leurs objectifs.
En parallèle se développe une intrigue, assez mineure avant la fin du troisième opus, sur ce dragon Blanc parfait qui s’échappe pour une raison inconnue. Très vite, on comprend que quelque chose ne tourne pas rond dans l’asservissement de ces créatures majestueuses depuis des siècles. Et la Blanche-parfaite, Neige en tenant compte du surnom qu’elle se donne, compte mener sa quête à bien. Là, je ne pouvais que penser à ma lecture des Aventuriers de la mer de Robin Hobb, car on est vraiment sur la même idée de réveil.

Stephen Deas s’inspire peut-être de ces grands noms de l’imaginaire anglophone, pour autant il arrive à créer son univers à lui, avec cette multitude de personnages qui offre un panel de possibilités pour faire évoluer l’intrigue. Je regrette que les Tayitekis ne soient d’ailleurs pas plus exploités : très discrets, limite mystiques, on perçoit leurs intérêts sans que cela ne change quelque chose au déroulé de l’intrigue. Pourtant ils ourdissent un complot dans leur coin, le doute n’est pas permis.

Le rythme est assez lent. Etant donné que le centre de l’intrigue concerne la politique de cet énorme continent et des différentes aires (chaque roi-dragon possède une aire avec un certain nombre de ces créatures cracheuse de feu) et comment parvenir au rang suprême, l’Orateur, celui qui guide les Rois-dragons, forcément que les mécanismes reposent sur les beaux discours et les trahisons qui s’en suivent. Quelques scènes d’action viennent pimenter le jeu, cependant il faut garder en tête que, malgré une bonne dose de tension allant crescendo, le rythme reste très lisse.

En tout cas la fin est bien plus rythmée, c’est certain. Je ne m’attendais pas à une telle tournure des événements, à tant de désespoir et d’abnégation. Je suis contente qu’un des personnages, rendu discret par son rôle neutre, prenne de plus en plus de place jusqu’à s’imposer comme celui qui est le plus sensé. Loin d’être des héros, ces actes laisseront une trace dans l’Histoire de ce continent. Si l'humanité survit, du moins… Car de plus en plus de dragons se réveillent et réclament vengeance devant tant d’années de servitude.

J’ai apprécié le travail sur la personnalité des dragons. Par exemple, j’avais été déçue que ceux présents dans Téméraire de Naomi Novik parlent comme des nobles du XVIIIe siècle, ce qui ne me paraît pas réaliste. Dans Les Rois-dragons, la Blanche parfaite est une créature égoïste qui pense à ses objectifs avant tout le reste, fonçant parfois tête baissée sans réfléchir. Kemir, le mercenaire contraint de l’accompagner par la force des choses, la juge suffisamment pour qu’on se rende compte à quel point elle manque de nobles valeurs, à quel point elle n’éprouve ni pitié ni compassion, brûlant tout sur son passage. Même sa relation avec Kemir est étrange. Parfois on a le sentiment qu’elle l’apprécie. A d’autres moments elle exprime le fait qu’elle mangera ce “petit être” quand elle n’aura plus besoin de lui. C’est déroutant mais je trouve que cela démontre toute la complexité des dragons.

Je suis incapable de dire si je me suis attachée aux personnages, tant ils sont bornés dans leurs objectifs personnels. Les rois-dragons veulent tous devenir Orateur, ce titre qui s’élève au-dessus de tout et qui doit garantir la paix entre tous. En-dessous d’eux, quelques princes réfléchissent à accélérer le processus pour devenir Roi-dragon à leur tour. En parallèle, le ou les dragons ont leur personnalité propre, même si ce n’est pas très bien exploité non plus. Et au-delà de ça, il y a quelques personnages au statut sans importance mais dont la présence signe quelque chose de plus grand encore.
Honnêtement, j’ai beaucoup aimé suivre Jehal, le plus machiavélique de tous, le plus fou aussi. Celui qui est prêt à tout pour parvenir à ses fins, et qui pourtant est plus nuancé lorsqu’il découvre l’amour. Cela ne l’empêchera pas de continuer à manipuler les gens et à tuer, cependant l’amour permet de le voir douter. A l’inverse, j’ai détesté sa maîtresse Zafir qui, elle, exerce le pouvoir par sadisme. J’ai préféré les figures comme Hyram ou Shezira, l’un Orateur et l’autre Reine-dragon, qui malgré leurs machinations gardent toujours en tête l’honneur et le respect des valeurs qui forgent les liens. Les filles de Shezira sont toutes trois différentes, j’ai trouvé leur évolution inattendue et intéressante - si ce n’est Lystra peut-être, qui se cantonne au rôle d’épouse énamourée. Quant à Kemir, ce fameux mercenaire contraint de suivre un dragon, j’ai éprouvé de la sympathie et de la compassion à de nombreuses reprises. Il ne méritait clairement pas ça.
Les personnages secondaires sont extrêmement nombreux. Meteora, Isentine, Vale Tassant (qui fait partie de mes chouchous par son aigreur et ses valeurs), Jeiros, et j’en passe. Ils ont tous un rôle à jouer et ils ne sont pas épargnés par tout ce qui se trame.

Le tout est rédigé dans un style d’écriture assez égal. Cela se lit bien, avec un vocabulaire accessible et des phrases sans complexité. L’ensemble me paraît un poil sans personnalité, dans le sens où cela aurait pu être écrit par n’importe qui. Ce ne sera donc pas grâce au style que je garderai un bon souvenir de ce pavé.



Une bonne lecture, marquante par la personnalité des dragons et le machiavélisme des humains. Si la plume (ou la traduction) est assez commune, l’intrigue vaut le détour pour sa lenteur, sa montée en tension et pour les personnages hétéroclites qui la façonnent. Jusqu’au bout je ne savais pas où tout cela nous mènerait et je ne fus pas déçue, ni du voyage, ni de la fin très amère, cohérente avec ce qui précède. C’est de la bonne fantasy noire, que je recommande à un public féru du genre.


15/20

Les Rois-dragons, intégrale de Stephen Deas, J'ai Lu, 1116 p.
Traduit par Florence Dolisi, Couverture par Johann Blais


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire