Rhuys ap Kaledán est un héritier déchu.
Tout juste libéré de la servitude et des galères, il rejoint la cité franche d’Aniagrad, où tout se vend et tout s’achète, pour reconquérir l’honneur de sa famille. L’occasion lui en est rapidement donnée : Edelcar Menziel, un ancien ami de son père, lui propose de travailler sur la conversion dranique, un procédé perdu depuis des siècles qui permettrait de réaliser des machines magiques. Résolu à tracer son chemin dans la haute société de la ville, le jeune homme s’investit de tout son cœur dans le projet.
Mais bientôt, coincé entre des intrigues politiques et son amour pour une mystérieuse jeune femme qui vend des fragments de son âme pour survivre, Rhuys découvre que le passé recèle des secrets bien sombres et tortueux. Aux prises avec l’ambition, la duplicité et le mensonge, il devra se montrer plus rusé que ses ennemis s’il veut atteindre son but sans perdre son âme.
Pourquoi ce livre ? Cela fait une éternité qu’il traîne en PAL… Je me souviens l'avoir acquis au cours d'une soirée organisée par l'éditeur et l’université de Rennes, où l’auteur était venu parler de la littérature de l’imaginaire (le sujet était plus précis que ça mais faut pas trop en demander à ma mémoire non plus…). Bref, une amie m'avait dit qu'il fallait lire celui-ci avant d’entamer le cycle d’Evanégyre, et j'ai très envie d’attaquer Evanégyre, donc j’ai lu le one shot avant. Aussi simple que ça !
J’ai beau tenté de me convaincre que Port d'âmes est une lecture parfaite, et notamment une excellente porte dans la fantasy, je dois bien admettre que je recèle quelques défauts…
C’est avant tout le récit d’un adolescent, issu de la noblesse, arraché à sa famille et à ses origines, puni par la loi pour un crime qu’il n’a pas commis, plutôt commis par son oncle. Condamné à huit ans de servitude, ce n'est pas cela le sujet de l’histoire mais bien ce qu’il advient ensuite, du jeune homme qu’il est devenu malgré la fatalité du destin.
Le récit est construit comme un huis clos dans la ville d’Aniagrad, où tout se vend et tout s’achète. Régie par l’Administration, elle a pour esprit que les gens sont libres de faire ce qu’ils veulent… tant qu'ils respectent certaines lois. Droit et fidèle aux valeurs de sa famille, Rhuys tente de se faire une place en restaurant son nom déchu. Vous imaginez bien que cela ne se passera pas tout à fait comme prévu. Lui qui arrive dans une ville totalement inconnue, il faut un certain temps pour en apprendre ses recoins et ses codes. En souhaitant protéger la veuve (mystérieuse) et l’orphelin, il va plonger dans les ennuis et devoir servir d’espions contre ses nouveaux alliés. Voilà qui promet une intrigue mouvementée !
Eh bien, pas du tout. Le rythme se veut creux, aussi peu intense que la relation platonique entre Rhuys et sa Vendeuse. Je suis un peu méchante sur les mots employés mais il ne peut en être autrement. Autant j’ai adoré le décor de la ville et les personnages qui l’animent, autant je me suis ennuyée lors de plusieurs ventres mous. Tout est lié à la psychologie du protagoniste, en proie aux doutes et à la manipulation des plus aguerris.
Ce sentiment ne m'a pas lâché jusqu'à la fin, me donnant ainsi l’impression que Lionel Davoust a écrit cet ouvrage pour la structure de la ville, la magie déroutante qui y a cours et les émotions profondes qui lient les deux personnages, au détriment d’un rythme intense et d’une intrigue approfondie.
Et en même temps, ce sont bien les moments où on assiste aux Transferts, cette magie contre-nature, qui sont les plus passionnants. La relation qui se développe autour de cette Vente, pleine de non-dits et de souffrance, a suffi à titiller ma curiosité jusqu'à la fin. Car on ne sait pas du tout comment cela peut bien se conclure… Et en même temps l'auteur ne promet pas de happy end. C’est d'ailleurs cette relation qui attirera les pires ennuis à Rhuys, le plongeant dans les affres de la manipulation, de la trahison et de la politique locale.
Malgré ma curiosité envers le lien qui les unit, je ne me suis pas attachée aux personnages. Rhuys a une belle personnalité mais il n’apprend pas de ses erreurs, jusqu'à la toute fin où il met en œuvre un plan sorti tout droit d’un esprit retors, ce que je considère peu crédible. J’ai beaucoup aimé la Vendeuse, volontairement mystérieuse, mais j’ai finalement peu apprécié la révélation autour de son passif, révélation qui m’a paru assez terne au regard de ce qu’elle s’inflige.
Je critique pas mal de choses dans cette chronique et je déplore que le style en fasse partie car c’est pourtant une qualité que j'ai souvent soulignée dans les œuvres déjà lues de cet auteur. Certains passages dans ce roman sont une ode à la nuit, à l’amour, et j’aurais souhaité plus de poésie dans le style, au moins dans ces passages-là. Est-ce le fait que j’ai moins accroché à l'intrigue ou est-ce tout simplement que le style est plus terne ? Je l'ignore. Mais cela ne douche en aucun cas mon envie de découvrir la saga d’Evanégyre.
Une chose est certaine, ce n'est pas le meilleur texte écrit par l'auteur. Je reconnais la grâce d'une certaine poésie dans sa vision du Transfert, cependant cela ne suffit pas à combler les trous d'une intrigue peu convaincante et d'un rythme peu soutenu. J'ai pourtant bien aimé la ville d'Aniagrad, personnage à part entière du récit, j'ai bien aimé suivre les petits poissons s'y débattre pour garder la tête hors de l'eau. Je garde en tête que ce n'est un qu'un amuse-bouche avant le fameux cycle d'Evanégyre, qui me tarde d'attaquer !
14/20
Port d'âmes de Lionel Davoust, Folio SF, 672 p.
Couverture par Alain Brion




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