30 juil. 2026

Le Songe d'Adam




Allemagne, Forêt-Noire, de nos jours.
C’est dans ce cadre magnifique que s’installent Hugo, chercheur dans le domaine des lettres, et sa fille Morgane, inventive adolescente. Mais la Forêt-Noire est également le cadre de légendes ancestrales, dont certaines seraient peut-être bien plus que de simples légendes…
Et lorsque Morgane commence à percevoir des choses qui ne devraient pas exister et que les fantômes du passé du père et de la fille semblent devenir plus que des souvenirs, l’horreur surgit, et les disparitions au cœur des bois trouvent une explication que l’esprit humain ne peut concevoir…



Pourquoi ce livre ? Je n’avais jamais eu vent de l’existence de ce titre avant de croiser sa route sur le stand de l’éditeur lors d’un festival littéraire de l’imaginaire. Attirée par la couverture et le résumé, il n’a pas traîné à rejoindre la maigre (sans ironie) pile d’achats. Le livre a ensuite traîné trois ans en PAL mais ça, c’est une autre histoire…

Le Songe d’Adam parle de la relation entre un père, Hugo, et sa fille adolescente, Morgane. Originaires de Strasbourg, ils sont contraints de déménager temporairement en Allemagne, au cœur de la Forêt-noire, pour compléter les recherches de ce père professeur. Commence dès leur arrivée une intrigue qui oscille entre le fantastique et l’horreur, avec l’approche de créatures de la forêt rongées par la pourriture.

C’est l’histoire d’une famille détruite par la maladie. La figure maternelle est absente suite à une tumeur, malgré certaines scènes qui amènent quelques interrogations. Entre le père et la fille, le tarissement de la communication est perceptible, au fur et à mesure que les créatures de la forêt viennent effrayer les uns et les autres. Une communication en berne au fil des excursions de Hugo loin de Morgane, totalement abandonné et loin de ses repères.

Je ressors partagée par cette histoire. Toute l’atmosphère fantastique et horrifique est bien menée, avec quelques scènes effroyables, malaisantes, dans une cascade de détails baignant dans l’hémoglobine. D’autres scènes posent un cadre horrifique sans aller jusqu’à la violence physique, on est davantage dans la torture psychologique. Bref, pour un premier roman, l’auteur a su maîtriser la mesure pour nous glacer le sang tout en maintenant le suspens sur la nature, la cause de tout ceci.
Malheureusement, le rythme est brisé à plusieurs reprises par des passages théologiques et philosophiques bien trop longs. L’auteur s’est peut-être offert un kiff en insérant des passages aussi longs dans une intrigue qui traîne déjà sciemment en longueur - pour notre plus grand plaisir, cela dit. Plusieurs pages sur le mythe traité ici avec des explications, interprétations, etc, c’est trop pour moi et je reconnais qu’à la fin de l’ouvrage, j’ai sauté certains passages qui n'apportent aucune plus-value. De fait, cela rend la fin moins pertinente, j’ai le sentiment que je suis passée à côté de la poésie de l’instant - au point de sauter l’épilogue.

Par malchance, je ne peux pas dire que je me sois attachée aux personnages. Morgane n’a pas une enfance facile, ce qui la rend très lunatique et aigrie. A côté de ça, son seul parent est un père la plupart du temps absent, trop concentré sur ses recherches et sa soif de connaissances. L’un comme l’autre savent que la communication est brisée entre eux mais aucun n’est prêt à faire l’effort d’admettre ses défauts pour recoller les morceaux. En parallèle, les personnages secondaires sont peu nombreux car on évolue en presque huis-clos dans la forêt ou dans ce chalet à l’écart de la civilisation.

Le tout est écrit dans une plume assez relevée et poétique, qui peut néanmoins en déplaire à plus d’un en raison d’une certaine froideur. A vouloir créer un style littéraire, on y perd le côté chaleureux des émotions. Si cela colle avec l’atmosphère horrifique, j’aurais préféré quelque chose plus doux pour balancer avec les scènes d’horreur.

Petite anecdote… A un moment, j’ai tout simplement pas compris ce que je lisais. Il se passe quelque chose qui bouscule totalement l’intrigue, puis un passage vient s’immiscer entre deux, où Morgane se réveille en mode “ce qui s’est passé y’a dix ou vingt pages n’était qu’un rêve” avant de reprendre là où on en était normalement. En fait, j’ai eu le sentiment que l’auteur a réfléchi à une piste de fin, est revenu sur son idée mais a malheureusement oublié de couper certains passages à la relecture. Bref, j’ai connu un moment de flottement assez désagréable…



Je suis tombée dès le départ amoureuse de cette ambiance fantastique, avec une touche d’horreur. Malheureusement j’ai déchanté en lisant - puis passant - les longs passages théologiques. A l’image de la plume peu chaleureuse, les personnages manquent d’âme et n’admettent pas leurs défauts. Bref, j’ai passé un bon moment et je pense que cette lecture me marquera durablement, pour autant l’oeuvre n’est pas parfaite.


13/20

Le Songe d'Adam de John Ethan Py, L'Homme Sans Nom, 384 p.
Couverture par Magali Villeneuve


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