« J’aurais pu faire un carnage dès l’instant où j’ai piraté mon module superviseur ; en tout cas, si je n’avais pas découvert un accès au bouquet de chaînes de divertissement relayées par les satellites de la compagnie. 35 000 heures plus tard, aucun meurtre à signaler, mais, à vue de nez, un peu moins de 35 000 heures de films, de séries, de lectures, de jeux et de musique consommés. Comme impitoyable machine à tuer, on peut difficilement faire pire. »
Et quand notre androïde de sécurité met au jour un complot visant à éliminer les clients qu’il est censé protéger, il ne recule ni devant le sabotage ni devant l’assassinat ; il s’interpose même face au danger, quitte à y laisser des morceaux.
Pourquoi ce livre ? Cela fait évidemment des années que je le vois un peu partout sur les réseaux. Quelques participants ont également évoqué cette saga en Book club. Sept ans après sa sortie, je me lance enfin dedans.
Et quelques jours après ma lecture, je ne sais toujours pas quoi en penser. Défaillances systèmes relate l'histoire d'un robot humanoïde doté de capacités martiales lui permettant de remplir des missions périlleuses, comme la protection d’humains, l’extraction de données, etc. Sans émotion, sans âme, ils sont incapables de penser et de ressentir par eux-mêmes. Le hic, c'est que notre robot à nous adore se cultiver et adore encore plus les séries B. Il a développé depuis une force de raisonnement et est capable de ressentir les émotions, ce qu’il a dû apprendre à masquer. Je vous laisse imaginer ce qui peut advenir quand il va devoir protéger tout un groupe d’humains parti étudier une biodiversité étrangère.
Cette novella a l’avantage de se lire d'une traite, sans forcer. J’ai retrouvé le ton vaguement taquin de John Scalzi, également un spécialiste de l’imaginaire science-fictif. Ce ton ne pouvait que me plaire, surtout quand il est couplé à un personnage en si grand décalage avec ce qu’il devrait être : ce robot normalement neutre prend position sur tout, même si ce n’est que dans sa tête, et n'hésite pas à donner son avis, là encore si ce n'est que dans la narration. Forcément que ses réactions et ses pensées prêtent à sourire !
En dépit du ton qui m’a beaucoup plu, l'intrigue tire ma note finale vers le bas - pas trop bas, heureusement ! Les événements s'enchaînent bien et le format court de l'œuvre ne permet pas de traîner. Ainsi les fils narratifs sont grossiers et l’histoire avance sans heurt, au point de ne jamais craindre pour la vie des personnages, malgré certaines situations très tendues. C'est dommage, surtout quand le titre de la série promet de l'hémoglobine, même à petite dose.
La fin m’a rappelé celle de L'Espace d'un an de Becky Chambers. C’est ouvert, c’est beau, c'est un vent de liberté. Ce qui précède est certes légèrement décevant, tant la facilité est omniprésente, sans pour autant que je souhaite une autre conclusion à ce premier épisode. Et malgré mon dépit d'avoir une intrigue si courue d'avance, le doute n’est pas permis quant au fait que la suite sera lue - au moins le deuxième.
Comme je le disais, on ne s'inquiète pas vraiment pour le devenir des personnages. Cela n'empêche en rien une forme d’attachement pour ce groupe de scientifiques passionnés à la personnalité propre. Je déplore ne pas avoir su retenir les noms de chacun, je les discernais avant tout par leur opinion, leur façon de s'exprimer, etc.
L’androïde est évidemment un personnage très travaillé. Agenré, asexué, se voulant détestable, c'est pile poil ce que je recherche pour changer de la norme. Petite anecdote, plusieurs participants au BC de ma librairie ont qualifié son comportement d’autisme et… étant donné que c'est un androïde, j’ai du mal à faire le lien avec la réflexion. J'imagine pour autant que si l’AssaSynth avait été de chair et de sang, ça serait probablement vrai.
Un peu déçue d'être déçue. Je m'attendais à une intrigue plus efficace, avec un danger plus marquant ou plus périlleux. Cela dit cette première histoire allie le ton léger et taquin de Scalzi à des valeurs proches de celles de Chambers, avec un protagoniste qui sort des normes. C'est donc une lecture avec ses qualités et ses défauts, le premier l'emportant sur le second pour me donner l'envie de lire la suite.
14/20
Défaillances systèmes de Martha Wells, L'Atalante, 128 p.
Traduit par Mathilde Montier, Couverture par Pierre Bourgerie
Les autres titres de la saga :
1. Défaillances systèmes
2. Schémas artificiels
3. Cheval de Troie
4. Stratégie de sortie
5. Effet de Réseau
6. Télémétrie fugitive
7. Effondrement Système
8. Dégradation de services
- saga en cours -
1. Défaillances systèmes
2. Schémas artificiels
3. Cheval de Troie
4. Stratégie de sortie
5. Effet de Réseau
6. Télémétrie fugitive
7. Effondrement Système
8. Dégradation de services
- saga en cours -





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