New York. Fin des années 1920.
L’un est le Kid Wolf, jeune boxeur talentueux qui rêve de soulever la ceinture de champion. L’autre est le Kraken Boy, le plus doué des tatoueurs, un grand type nonchalant dont l’art et l’encre font merveille — littéralement. Mais les temps sont durs dans le Lower East Side de l’entre-deux-guerres gangréné par la mafia juive. D’autant que la Grande Dépression pointe son nez, et avec elle les mouvements sociaux qui se radicalisent et les briseurs de grève aux mains des syndicats qui font régner la terreur… Et puis il y a Hinky Friedman, née Rivkah Heinckmann, alias Rebecca-la-Hink, la Reine des Gangsters. Et Hinky a une vision, l’ambition d’un autre monde — meilleur, qui sait ? Or pour cela elle a un plan, un plan pour Kid Wolf et Kraken Boy, un plan pour tout changer. Mais ce que n’a pas prévu Hinky, c’est l’amour. Un amour impossible, interdit, un amour qui, lui, pourrait véritablement remodeler la face du monde…
Pourquoi ce livre ? Cela fait un moment que je souhaite découvrir cet auteur. Réputé pour son premier roman, qu’il me tarde de lire, c’est finalement par un format court sorti plus récemment que j’ai entamé sa bibliographie.
En plus de la quatrième de couverture, c’est la couverture elle-même qui a titillé ma curiosité. Les deux tigres se faisant face dans ces nuances de bleu, avec un esprit yin et yang… Je ne pouvais que succomber !
Kid Wolf et Kraken Boy relate la relation interdite de deux hommes que tout oppose. L’un boxeur, l’autre tatoueur sans véritable talent, les deux hommes vont devoir coopérer à la demande de leur nouveau boss, Hinky – une femme.
Cela n’a rien d’anodin, étant donné que l’histoire prend place dans les Etats-Unis du début du XXe siècle, à l’apogée des rivalités de gangs, de la prohibition, de la société crasse de l’époque (est-ce mieux aujourd’hui ? C’est un autre débat).
L’intrigue met justement en forme la rivalité des gangs, avec pour fil rouge la dure réalité des combats de boxe et des entraînements que cela coûte. Le rythme est efficace, porté par les échanges salés et les poings sur le ring. La relation pudique qui se noue au milieu de tout ça m’a fait sourire d’attendrissement à de nombreuses reprises. Connaître cette relation sous le regard des valeurs de la société d’époque a d’ailleurs été un peu plus à l’intrigue car ce choix permet de comprendre l’évolution et l’ouverture de notre société sur la question de la sexualité, au sens large du terme.
J’ai adoré la touche de magie et la croyance, plus ou moins redoutée, autour de cette pratique. J’ai l’impression de retrouver quelque chose d’à la fois naturel et mystique, donnant plus de force à cet usage de l’aiguille. Les explications autour des symboliques laissent penser que l’auteur a mené des recherches autour des grandes symboliques des différentes cultures sur Terre, notamment en Asie – ce qui peut paraître surprenant compte tenu de l’époque et du lieu où se déroule l’intrigue. Cela dit, cela ajoute de l’exotisme au contenu très noir, ce qui n’est pas plus mal.
Les personnages m’ont également beaucoup plu. Chacun a son caractère, ce qui n’empêche pas les affinités et liens de confiance de se créer. J’ai évidemment apprécié la vulnérabilité de Kid Wolf, bien cachée sous ses gants de boxe, tout comme la timidité de Teitelstam, clairement pas à sa place dans ce milieu mafieux. J’ai même apprécié Hinky, cette femme qui veut se faire un nom comme caïd, quel que soit le prix à payer.
Ce qui m’amène à parler de la fin. C’est finalement la seule chose à laquelle je n’ai pas adhéré dans ce récit. Par l’usage de la magie, l’auteur nous entraîne dans un délire auquel je n’adhère pas. Mélangeant magie de l’encre et magie du sang, on assiste à un événement grandiose, prodigieux… qui m’a foutu la chair de poule et des frissons le long de la colonne vertébrale. C’est un acte peu anodin avec de lourdes conséquences et c’est suffisamment flippant pour être malaisant. Bien sûr que cela reste de la magie, rentrant dans l’ordre du fantasme, mais c’est un moyen de gagner l’immortalité d’une façon peu orthodoxe et pas du tout reluisante. Bref, je n’ai pas pris part au délire et aurais préféré une autre fin, quelle qu’elle soit.
La plume de Sam J. Miller n’est pas vraiment singulière, pourtant l’auteur a su placer l’émotion au cœur de son style. C’est doux à certains moments, brutal à d’autres, et d’autres choses encore qui m’ont permis de passer par un panel de sentiments. J’ai bien aimé le tableau et cela m’encourage également à vouloir tenter son premier texte.
Kid Wolf et son Kraken boy ont su m’emmener dans les bas-fonds de la mafia états-unienne à une sale époque, celle des premières décennies du XXe. J’ai aimé le décor digne d’un film hollywoodien, j’ai aimé les personnages qui luttent pour se faire une place, quel que soit les objectifs de chacun : la gloire, le pouvoir, la reconnaissance ou un simple amour. C’est bien orchestré, parfaitement écrit. N’eût été cette fin, cela aurait été un coup de cœur. Il me tarde maintenant de poursuivre l’aventure avec La Cité de l’orque.
17/20
Kid Wolf et Kraken Boy de Sam J. Miller, Le Bélial', 179 p.
Traduit par Michel Pagel, Couverture par Aurélien Police




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