26 janv. 2026

Re:Start:




Mona a intégré le prestigieux village Re:Start, une communauté entièrement dédiée à la beauté des femmes. Ses habitantes, les Lumineuses, sont prêtes à embrasser leur féminité et à saisir l’opportunité de devenir des déesses grâce au programme sportif et aux gélules minceur préconisés par leur modèle et mentore, Geneviève.
Mona a gravi les échelons, elle est désormais Semeuse. Tout semble parfait dans ce paradis des corps et de la féminité… jusqu’au jour où sa meilleure amie perd le contrôle.
Y aurait-il une faille dans ce programme de rêve ?



Pourquoi ce livre ? Cela fait quelques années maintenant que je m’intéresse de plus en plus à l’horreur à l’écrit - les images et les sons, ce n’est pas pour moi qui suis une flipette. Alors quand le libraire éditeur a vendu ce texte en l’inscrivant dans le « body horror », je n’ai pas pu résister à l’envie de le découvrir.

J’ai repoussé l’écriture de cette chronique au maximum. Ce fut une lecture éprouvante, me confrontant presque à mon problème du moment, dans une période de fatigue et de lutte psychologique. J’ai lu ce texte sur une journée (ce n’est pas bien difficile, il dépasse à peine les cent pages) et j’ai subi une claque de haute volée.

Re:Start: est un programme minceur développé par deux femmes. Ce programme allie la force de la volonté à celui de la médication, du régime strict et de l’entretien du corps. Les inscrites, au féminin car il s’agit d’un programme dédié aux femmes « volontaires », sont invitées à se réunir au centre afin que chacune soit suivie au mieux dans sa course aux calories. Celles qui n’ont pas les moyens peuvent se contenter des médicaments et d’une hygiène de vie qu’elles s’imposent par elles-mêmes.
C’est dur à lire car l’autrice, que je découvre par cette novella, pousse le bouchon un peu trop loin, plongeant toujours plus dans l’extrême pour faire passer son message. Par exemple, le prologue a failli me faire vomir tant la faim du personnage l’oblige à commettre des choses horribles. Quand j’en ai parlé à Mister, j’avais à peine décrit la scène d’ouverture qu’il anticipait la fin du prologue. J’ai lu ça de bon matin en sirotant un thé, j’ai failli tout recracher.
Katia Lanero Zamora n’entretient aucun mystère et met en lumière les parts d’ombres de la société qui ne font pas plaisir. Comment celle-ci définit les codes et comment chacun et chacune se sent en fonction de ce qui est défini par les « normes ».
Le rythme est mené tambour battant alors qu’on suit un personnage inscrit au programme, pour des raisons pas forcément identiques à celles des autres femmes. Très vite, le lien va être fait avec le prologue et Mona va nous mener toujours plus loin dans la noirceur du paraître.

Je n’ai rien vu venir de la fin, alors que l’autrice donne tous les détails au fil de son intrigue. Là encore, elle ne lambine pas en poussant les femmes dans leurs extrêmes ; là encore, j’ai été dégoutée par les images qui défilent au fil des mots.

C’est parfaitement bien écrit. C’est une plume efficace, sans se départir d’une certaine âme, d’une touche d’émotion. Le texte déroule tout seul, contribuant au fait que je n’avais clairement pas envie de le lâcher ! En tout cas, il m’a clairement donné envie de découvrir d’autres productions de l’autrice, également réputée pour un diptyque dans les littératures de l’imaginaire.



Ce fut un exercice difficile que de mettre en mots un avis sur une œuvre qui m’a touchée personnellement et profondément, entre désir malaisant et dégoût assumé. Comment partager un ressenti sur un texte qui m’a semblé si intime ? Le body horror mis en avant ici est parfaitement maîtrisé, attisant l’écœurement sans jamais empêcher la curiosité de se tisser. Une fois dedans, je n’ai plus eu envie d’en sortir, à l’instar de ces femmes hospitalisées dont l’image qu’elles veulent se forger est le centre de leur vie. Certes, Katia Lanero Zamora n’a pas lésiné en poussant tout son propos dans les extrêmes, l’impossible, mais il en ressort une opinion assumée : peu importe qui nous sommes, nous sommes belles dans notre différence et notre unicité. Au final, je suis frustrée car l’œuvre et l’univers auraient mérité d’être davantage développés pour une enquête qui aurait pris son temps. C’est une lecture nécessaire – en tout cas pour les âmes peu sensibles !


18/20

Re:Start: de Katia Lanero Zamora, Argyll, 117 p.
Couverture par Anouck Faure


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