Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années quatre-vingt-dix ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l’idée qu’ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelles raisons les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s’autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Avec Ruth et Tommy, elle prend peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n’a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d’adultes.
Pourquoi ce livre ? C’est au cours de mes années lycée que j’ai fait la connaissance de cette histoire par le biais de son adaptation cinématographique, Never Let Me Go. A l’époque, j’avais été emballée par le récit et les personnages. Quand j’ai découvert le bouquin sur une étagère foutraque de ma librairie préférée et quand mon cerveau a fait le lien avec le film, le livre a directement rejoint mes achats.
Auprès de moi toujours est une dystopie qui prend place dans notre civilisation, à une époque aisément transposable à la fin des années 90 ou début des années 2000. Nous y découvrons Kathy, la protagoniste, qui va relater son enfance peu commune ainsi que les relations qu’elle a tissées à Hailsham. C’est le nom de l’institut dans lequel elle a évolué, où elle a reçu son éducation et ses valeurs.
Ce roman est une dystopie, il ne faut pourtant pas s’attendre à de l'action et du rythme. L'ensemble prend la forme d’une longue introspection, un peu comme le ferait une personne âgée qui prendrait le temps de faire le point sur sa vie, ses réussites comme ses échecs. Cette façon de mettre en scène les événements est idéale pour entretenir une forme de mystère tout en ouvrant en grand l’intimité de Kath.
Auprès de moi toujours est donc un récit de vie. Les choses sont racontées tout en pudeur, comme le veut la personnalité de la jeune voix narratrice. Elle nous rapporte son quotidien à Hailsham, les relations qui se tissent et se crispent au gré des personnalités et des petits événements qui viennent bouleverser la vie “scolaire”.
La fin ne fut pas une grande surprise pour moi car, près de quinze ans après le premier et unique visionnage, les souvenirs étaient encore frais en mémoire. Cependant la violence des émotions - ou des non-emotions - est marquante et rend les “révélations” plus douloureuses. Il ne fallait pas que cela se termine autrement, l'ensemble sonne juste.
Kathy a une grande patience envers Ruth, sa meilleure amie. Cette dernière a un comportement très changeant, on pourrait même parler de lunatisme, sauf qu’elle s’en sort pour faire du mal. Sciemment. Le genre de personnes que j'évite ou que j’ai envie de secouer. C'est notamment cette relation en dent de scie qui va jalonner l'intérêt du bouquin. Et clairement, ça ne peut pas plaire à tous les lecteurs - certains ont abandonné par désintérêt et/ou ennui total.
Évidemment je n’ai pas su m'attacher à Ruth. Kathy est également trop passive selon moi - et c’est étonnant que cela m'énerve car je pense que je lui ressemble plus que je ne veux bien l’admettre. Au final, j’ai davantage apprécié Tommy, aux crises de colère remarquables. En dépit de ça, il apparaît comme le plus vertueux, le plus sincère.
J’adore le style d'écriture, mais cela n’a rien d'étonnant étant donné mon affinité avec les plumes issues de la culture asiatique. J’adore la pudeur qui en émane, j’adore les sentiments qui s’immiscent au cœur du récit.
C’est fou comme les souvenirs sont restés frais dans ma mémoire, à quel point cette histoire singulière fut marquante à mes yeux. C’est un récit de vie peu commun, avec une touche de science-fiction qui vient bousculer la littérature blanche pour faire pénétrer des idées fondamentales. J'ai eu du mal à m’attacher aux personnages en raison de leur personnalité, cependant j’ai suivi avec intérêt leur vie et leurs relations. Le tout est relaté intimement, dans un style pudique. J'ai beaucoup aimé l’ensemble, je pense le relire quand j'aurai encore mûri.
15/20
Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro, Folio, 441 p.
Traduit par Anne Rabinovitch, Couverture par ...





Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire