Eveen est morte. Ou plutôt morte-vivante. Depuis qu’elle a été réanimée et qu’elle a rejoint la guilde des Queues de chats morts, elle sert la déesse Aeril, Matrone des assassins, en tant que tueuse à gages.
Assassins dont le serment le plus important exige que tout contrat accepté soit honoré, sous peine de s’attirer les foudres divines. Alors voilà Eveen bien embarrassée lorsqu’elle doit éliminer une jeune fille… qui lui ressemble trait pour trait.
Pourquoi ce livre ? Il ne faut pas se leurrer, c’est avant tout pour la beauté de la couverture que j’ai cédé à la curiosité. Néanmoins, le résumé alléchant et ce titre à rallonge m’ont également accrochée. A la parution du titre, je ne savais pas si je cèderai, étant donné mon passif compliqué avec les novellas de cet auteur. Mais finalement, cette « nouvelle » histoire apparaît bel et bien dans le coin.
Et franchement, j’ai adoré. La Guilde des Queues de chats morts ne présente au premier regard rien de neuf. Une guilde d’assassins, des contrats à respecter à la lettre et une femme qui remplit ses missions, l’une des meilleurs paraîtrait-il. Sauf qu’un tout petit élément de rien du tout va venir rompre cette mécanique pourtant bien huilée… et signe le début des emmerdes !
J’adore ces formats courts qui font en sorte que l’on ne perde pas de temps ! Les péripéties s’enchaînent de manière magistrale, nous poussant à lire d’une traite cette novella.
Au-delà de l’intensité toujours plus forte, l’univers est alléchant. Dans une Venise revisitée, on suit les personnages dans les hautes sphères de la société comme dans les bas-fonds ou des lieux plus loufoques, un peu comme la cour des miracles, si bien que c’est tout un système sociétal qui est passé ici au peigne fin, ici. Le pouvoir tire les ficelles, les guildes se respectent, et celle de l’assassinat a recours à des process qui ne peuvent étonnants.
Au milieu de tout ceci, Eveen est la meilleure parmi les meilleurs. Difficile de lui donner un âge, d’autant plus qu’elle est réellement morte, cependant sa réputation n’est plus à démontrer, peu importe où elle passe. Sans avoir la langue bien pendue, elle dégage une assurance, un entêtement, une impulsivité qui me l’a rendue tout de suite sympathique. J’ai apprécié suivre sa quête de vérité et les effronteries qu’elle commet pour trouver une solution à son problème de taille.
En évoquant cela, c’est là pour moi le seul défaut de cette intrigue. L’élément déclencheur (le problème de taille, donc) arrive certes rapidement, ce qui n’est pas un mal. Ce que je regrette davantage, c’est la révélation de cette inconnue qui se fait trop rapidement. Si ce n’est pas le propos du livre, maintenir le suspense sur l’identité de la personne à expédier, ne serait-ce que d’un chapitre supplémentaire ou deux, aurait permis de rendre le moment des révélations un peu plus choquant, dans le bon sens du terme. Au lieu de cela, le lecteur n’a pas le temps de faire des hypothèses et ne peut que suivre le déroulé de l’aventure.
La fin est à la fois inattendue et très drôle. Je ne m’attendais pas à un tel revirement, à de telles présences, si bien que j’ai été surprise et enchantée. Ca n’a pas toujours été évident à lire et à comprendre mais cela a participé au charme de l’ensemble.
Les autres personnages sont très colorés, très bariolés. Qu’est-ce que c’est savoureux de découvrir un univers avec des personnages si hétéroclites, à la fois attachants et bien dans leur rôle. En disant cela, je pense notamment au chef de guilde des assassins. J’ai également bien aimé les personnages que l’on voit dans le Mirage, ou encore ceux à la toute fin. Sans compter sur les autres assassins qui apparaissent ici et là pour pimenter la lecture, tous très différents les uns des autres, tous marquants. Ils composent tous un tableau que je garderai longtemps en mémoire !
Enfin, c’est très bien écrit. La plume de P. Djèli Clark ne m’avait pas interpellée jusqu’ici, ou alors le traducteur a changé entre les textes… En tout cas le style est efficace et imagé, oscillant entre légèreté et poésie. De plus, l’auteur n’hésite pas à prendre le ton de l’humour, même dans les moments les moins adéquats, mettant en scène une certaine connivence avec son lecteur. J’ai vu que cela ne plaisait pas à tout le monde… Moi, j’en ressors conquise.
J’adore la fantasy, j’adore les intrigues où il y a des guildes, j’adore suivre des assassins – uniquement dans la fiction, promis. Cette intrigue efficace portée par une plume douce et poétique m’a séduite dès les premières pages. Eveen, personnage attachant, plonge dans une quête d’identité où la survie rime avec la science. C’est drôle, rythmé, avec de réelles réflexions sur différents thèmes importants. Cela aurait pu être le premier coup de cœur de l’année, n’eût été un petit défaut dans la première révélation. En attendant, j’ai passé un excellent moment de lecture et étant donné sa petite épaisseur, je conseille à tous de tenter votre chance !
20/20
La Guilde des Queues de chats morts de Patrick Rothfuss, Bragelonne, 168 p.
Traduit par Mathilde Montier, Couverture par Benjamin Carré





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