23 janv. 2018

Les Discrètes, paroles de Bretonnes



          Ces histoires de femmes, ces voix précieuses et chères, ce sont celles de nos mères, de nos grands-mères. Ce sont des voix oubliées, qui se livrent pour la première fois, et qui entre rires et larmes racontent la vie ordinaire de ce coin de pays qu'est la Bretagne d'alors.
Ces témoignages sensibles et authentiques, nous viennent de Loudéac, de Rennes, de Lorient, de Gourin, de Brest, de Tréguier et de Nantes.
Il y a celle qui cache ses livres, celle qui conduit le camion, celle qui travaille à la chaîne, celle qui s'embarque pour le Maroc et celle qui s'aventure jusqu'à New York, celle qui soigne ses bêtes autrement. Il y a l'étrangère - la Normande - la danseuse de tous les dimanches, la syndicaliste, la vendeuse du Bon Marché, la cheftaine scout et la patronne de bistro. 
Aucune ne se résigne à une place choisie par d'autres, toutes, sans jamais rompre avec la tradition, inventent leur vie, contournent les obstacles, bousculent les conventions. Et les hommes.


Je tiens tout d’abord à remercier les éditions Ouest France pour ce partenariat.

 Pourquoi ce livre ? Eh bien de façon tout à fait surprenante, il m’est tombé entre les mains, après discussion avec le directeur éditorial. Pour une raison ou une autre, il m’a fait confiance pour ce premier partenariat et je lui suis très reconnaissante.

 J'admets être sortie de ma zone de confort avec cet ouvrage, recueil de témoignages de voix oubliées par l’actualité. Pourtant le directeur éditorial a bien fait son travail en me promettant de l’émotion, et c’est avec le sourire que j’ai accepté le livre, convaincue que je ressortirai conquise par cette découverte. Et ce fut le cas.

 On ne les connaît pas. On ne sait pas qui elles sont, qui elles étaient, ce qu’elles deviendront. Et pourtant on se prend de sympathie pour leur témoignage sur leur enfance, leur travail, leurs premiers amours. Elles se livrent avec pruderie, on devine parfois leur gêne ou leur timidité, je peux vous assurer que la rapporteuse, au sens mélioratif du terme et à savoir Anne Lecourt, respecte et transmet dans son récit cette perception de leur réserve.
 Certains récits m’ont plus atteint que d’autres, je pense notamment à Madeleine, dont son mari est parti trop tôt. C’est presque idiot de réagir, quand la vie est déterminée par notre fin à tous. C’est sûrement ce qui a précédé, toute l’émotion dans le discours, la vie racontée, qui m’a fait céder à cet élan de compassion. C’est ce sentiment qui nous poursuit tout au long de cette lecture : la compassion. On vit, on ressent comme ces femmes fortes. Cela ne dépasse jamais la pitié, elles-mêmes ne le voudraient pas.

 L’iconographie apportée par les protagonistes mêmes apporte un intérêt certain au récit et à l’ambiance. Cela nous plonge à leur époque, quand elles étaient jeunes. On visualise plus facilement leur propos, on s’attache plus encore à elles, cela permet de poser le récit. Personnellement j’ai tendance à lire les romans sans prendre mon temps. Ici, j’ai regardé chacune des photographies, je me suis davantage imprégnée… Bref, que du positif pour cet apport.
      
  Le style d’Anne Lecourt aide à construire cette émotion. Pas de fioriture, chaque mot, chaque phrase (le plus souvent courte) posent le ton et se veut le rapporteur de leur histoire. J’avoue avoir ressenti quelques difficultés à adhérer à ce style au début puis je me suis laissée prendre au jeu, j’ai fondu dans ces témoignages et je suis passée au-delà de cette difficulté.


     C’est compliqué d’évoquer et juger un tel livre. Cela revient à juger la vie de chacune et ce n’est pas une donzelle de la vingtaine qui peut se le permettre. Mais voilà, l’émotion est constamment présente et c’est la véritable force de cet ouvrage, tout comme l’apport iconographique sorti tout droit des tiroirs de ces Bretonnes qui nous immergent entièrement dans leur vie. Un livre témoignage que je recommande chaudement (même si je ne maîtrise pas vraiment ce genre…).

15/20


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