29 oct. 2026

Le Livre des Terres Bannies, tome 1 - Malice




Il y a bien longtemps que les humains sont arrivés sur les Terres Bannies, qu'ils ont disputées victorieusement aux clans de géants qui les peuplaient. Des terres que l'affrontement entre les dieux antagonistes Asroth et Elyon a bien failli détruire. Aussi, quand cette guerre larvée menace d'éclater à nouveau, bien des destins vont se trouver bouleversés. A commencer par celui du jeune Corban, qui aspire à manier l'épée et la lance pour protéger son royaume et va devoir mettre son courage à l'épreuve bien plus vite que prévu.
Mais ta prophétie indique que l'obscurité et la lumière exigeront deux champions, le Soleil Noir et l'Etoile Vive. Il serait sage de rechercher les deux, car si le Soleil Noir prend l'ascendant, les espoirs et les rêves de l'humanité tomberont en poussière. Sauf que personne ne sait qui ils sont, à commencer par eux-mêmes. Alors que les géants s'agitent de nouveau et que le chaos semble sur le point de s'abattre sur les Terres Bannies, le Haut Roi Aquilus tente de former une alliance avec les autres souverains pour sauver le monde des humains.
Mais tous ses alliés n'ont pas la même vision de l'avenir...



Pourquoi ce livre ? Cela fait des années que j’avais repéré la sortie sans jamais m’y coller, alors que l’auteur est présenté comme une nouvelle (à l'époque, parce que maintenant sa réputation est plus que confirmée) grande voix de la fantasy anglophone. Le premier tome a rejoint ma PAL peu de temps après sa sortie en poche. Et c'est encore quelques années après que je l’en sors.

Malice n'est pas un récit à mettre entre les mains d’un néophyte du genre. Construit comme un roman choral, avec sa multitude de points de vue, il nous plonge sans détour dans le quotidien des personnages. De l'enfant prépubère au mercenaire en passant par la première lame d’un prince, les décors et les discours sont variés.

J'ai tout de suite accroché. J’ai même accroché au point de me dire que, si les éléments continuaient à s'imbriquer aussi bien, ce serait probablement un coup de cœur. Bon, ça ne s’est pas déroulé comme tel, mais il n'empêche que j’ai passé un excellent moment de lecture, renouant avec la fantasy qui se veut un croisement entre les guerres épiques et une forme de mythologie scandinave.
J'ai beaucoup adhéré au début. N’avoir aucune aide pour comprendre dans quoi on s'embarque rend la lecture exigeante : il ne faut laisser passer aucun détail, surtout pour différencier les personnages dont on a le point de vue. De plus, on ne sait pas trop dans quoi on met les pieds, tant l’univers et ses possibilités semblent étendues. D’un côté on perçoit les inimitiés guerrières, de l’autre on devine que les tensions ne seront pas le propos du récit puisque les conseillers et autres historiens ont dépoussiéré les vieux livres pour faire émerger une certitude : des signes semblent indiquer que les deux dieux qui se sont opposés il y a des siècles de cela reviennent. Et ils seraient représentés par des héros choisis parmi les gens que l'on côtoie dans ce premier opus. De fait, le lecteur est rapidement amené à se faire des hypothèses et à questionner les détails de la narration et des décisions prises par les uns et les autres.

Le problème dans tout ceci, c'est que le récit penche suffisamment vers le manichéisme pour qu’on devine rapidement qui est dans quel camp. Dans le même état d'esprit, l'assassinat qui survient dans la seconde moitié ne laisse en réalité aucun doute sur le meurtrier, malgré la mise en scène. Ainsi certains personnages paraissent purs quand d'autres, qui se justifient par le sentiment d'œuvrer pour ce qui est juste, prennent des décisions très inconfortables.
Cependant le manichéisme s'arrête à quelques personnages seulement, les principaux. Ceux qui gravitent autour d’eux sont plus nuancés, avec de la générosité, de l’amour (plus fraternel que passionnel), des tensions guerrières ou des vœux de bienveillance. Cette nuance dans la personnalité et la destinée de chacun offre un équilibre certain tout en complexifiant les relations.

Ce premier tome, épais de plus de huit cent cinquante pages, est avant tout une introduction, avec un rythme assez mollasson. Que ce soit la présentation approfondie des personnages ou un tableau très détaillé de la géopolitique, ainsi que du réel danger qui guette les différents royaumes, l'ensemble est un aperçu très précis de l’ampleur de l'univers. L’intrigue présente les pions, les places progressivement. La fin, quant à elle, bouscule l'échiquier et précipite les actions, de sorte qu’on ait envie de se jeter sur la suite.

L’intrigue est très intelligente, certes. En parallèle, je déplore un certain manque d'âme. Que ce soit envers les personnages pour qui je n’ai ressenti que peu d’attachements ou tout simplement dans la narration portée par une plume assez terne, l'émotion est présente mais peu partagée, dans le sens où les personnages vont ressentir des choses bonnes ou mauvaises sans parvenir à les faire ressentir au lecteur également.
Cela entraîne forcément qu’un maigre attachement envers les personnages les importants. Oui, j’ai éprouvé de l'intérêt à suivre Corban, Veradis, sans éprouver de l’amour comme dans certaines autres histoires. Quelques exceptions viennent me contredire, comme Cywen ou Halion. Et je suis curieuse de voir ce que peut devenir la princesse Edara, surtout vu sa position à la fin du récit.

Évoquer Cywen et Edara m’amène à évoquer la place des femmes dans le récit. En dehors de Rhin, les reines ne sont que des pis-aller - à l'exception de la météo d’Edara, dont le prénom m'échappe, amener à prendre les décisions dans le royaume en l'absence de son mari. Quelques figures comme Edara, qui espionne la politique, Cywen la guerrière ou encore Brina la guérisseuse donnent le sentiment que les femmes occupent une belle place dans l’intrigue. Cependant les lois comme quoi les femmes ne peuvent se battre sont au beau fixe alors que l’auteur se targue d'être fan de la mythologie scandinave, là où les femmes pouvaient porter lame et bouclier. C'est donc un choix agaçant qui n’a que peu d’excuses pour être acceptable.



Malice est un bon premier tome, une épaisse introduction d’un univers riche et prometteur. Les personnages sont très approfondis et connaissent déjà une nette évolution, préparant la suite des évènements. Je déplore un manque d’émotion et d'attachements, ainsi que la place de la femme minime. Pour autant, quelques jours après avoir refermé le livre, l’univers me manque déjà. Il me tarde donc de lire la suite.


16/20

Malice de John Gwynne, Majik, 168 p.
Traduit par Colette Carrière, Couverture par Marc Simonetti


Les autres titres de la saga :
1. Malice
2. Bravoure
3. Ruine
3. Colère
- saga terminée -


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