Dans un futur lointain, les insectes pollinisateurs ont disparu à la suite de grands bouleversements climatiques, poussant les humains à arpenter des paysages stériles à bord de "monades" ; des vaisseaux-villages motorisés. C'est dans l'une d'elle que vit Jenny, déterminée à récupérer les dernières traces ADN d'abeilles dans l'espoir de retrouver le monde d'avant...
Pourquoi ce livre ? C'est grâce à Mister que j’ai découvert cet artiste. Lui qui avait reçu Shangri-La à un des premiers Noël ensemble, je l’ai lu peu de temps après lui. Depuis, j’ai acheté toutes les œuvres de Mathieu Bablet.
Je suis tellement heureuse de voir que la magie a encore fonctionné avec Silent Jenny.
D'abord parce que j'ai retrouvé le style que j'aime tant. Des personnages dessinés avec des bosses, des cicatrices, des formes grossières, de sorte à rendre les corps aussi disgracieux que dans la réalité. Et puis ce travail sur la couleur me fascine toujours autant, avec des planches dans des teintes uniformes en fonction de l’environnement et de son ambiance. On ne peut pas dire que l'artiste renouvelle son art, ce qui n’est pas pour me déplaire (je n’en ai probablement jamais parlé mais nous avons deux tirages d’art de Bablet dans mon séjour, c’est dire à quel point nous sommes fan !).
Le style me plaît toujours autant, certes. Qu’en est-il de l'intrigue ? Elle est excellente, même si je n’ai pas ressenti un profond coup de cœur comme pour Carbone & Silicium ou encore Adrastée.
On découvre un monde futuriste post-apocalyptique. Impossible de situer l’intrigue sur une échelle temporelle, tant les décors et les peuples ont changé. Cela pourrait être dans cinquante ans comme dans plusieurs siècles. La crise écologique a éclaté. Le seul moyen d'espérer une amélioration possible serait de retrouver ces petits insectes bourdonnants fondamentaux à la pollinisation. Une quête qui semble aussi épuisante que vaine. Mais Jenny n’est pas prête à abandonner, au point de remettre en question les autres fondamentaux de sa vie.
En parallèle, nous suivons une monade, cet espèce de château ambulant dans lequel sont réunis une trentaine d’adultes et des enfants, tous partageant le même idéal de liberté et de mouvement. C'est une communauté qui s’est adaptée, ce qui n'est pas le cas de tous puisqu'il reste des espèces de villes, dont on a bien du mal à comprendre l’intérêt.
L’ensemble offre une vision pessimiste de notre avenir, que ce soit lié à l'écologie ou au social - vision que je partage. Pourtant, par le biais d'une scène, l'artiste insuffle une pointe optimiste et mélancolique d’espoir. Le prix à payer pour la jeunesse est fort, cependant c’est à eux de trouver leur place pour façonner le monde de demain (et la jeunesse affronte la répression dans la rue au moment où j’écris ces lignes).
J’ai bien aimé le tableau dépeint dans ce roman graphique mais il faut bien admettre que l'ensemble manque d'âmes. L'émotion est pourtant présente à de multiples reprises mais j'ai peiné à la ressentir. Ce défaut empêche l'œuvre le Graal du coup de cœur, sans que je parvienne à donner des arguments facilitant le partage de ces émotions…
L’artiste signe une fois de plus une œuvre magistrale aux multiples thématiques. Les planches sont sublimes, inquiétantes, dépeignant un futur qui me fait peur et vers lequel on fonce tout droit. Mathieu Bablet sait enfoncer le clou là où ça fait mal, au détriment parfois d'une certaine âme. Une lecture marquante que je relirai à coup sûr !
18/20
Silent Jenny de Mathieu Bablet, Rue de Sèvres, 311 p.
Couverture par Mathieu Bablet





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