Lorsqu’elle était encore enfant, Fatima a reçu la visite de la Mort, et elle a tout perdu. Son village, sa famille, et jusqu’à son nom, devenu Sankofa. Son seul trésor était une graine aux pouvoirs mystérieux, venue du ciel lorsque les météores tombaient, mais on l’en a dépouillée. À présent crainte et respectée comme la fille adoptive de la Mort, Sankofa erre sur les terres ancestrales du Ghana, avec pour seul compagnon un renard, à la recherche de réponses, de ce qui a disparu, et surtout de ce qui l’attend.
Pourquoi ce livre ? C’est avant tout parce qu’il me fallait un nom d’auteur commençant par O. Ayant déjà lu cette autrice par le passé, c’était l’occasion de prolonger la découverte de son imaginaire tout en remplissant une condition pour un challenge.
Mon choix s’est donc porté sur Sanoka : La fille adoptive de la Mort, un court récit jeunesse qui prend place au Ghana. Décor exotique dans lequel je mets rarement les pieds (et j’en éprouve de la culpabilité) dans lequel on suit une jeune enfant rejetée de tous. Sa réputation la précède où qu’elle aille, de sorte qu’elle effraie les autres enfants et que les adultes l’accueillent momentanément par crainte de représailles. Très vite, les lignes temporelles se croisent, le passé jouxte le présent afin de comprendre les raisons qui ont entraîné la jeune fille dans cette indépendance, dans son assurance.
Une chose est certaine, Sankofa accepte son sort avec beaucoup de courage. Malgré la douleur de la perte et ses pérégrinations toujours plus avant, malgré le rejet de ses pairs et ses propres doutes, elle garde la tête haute, garde le cap.
Si j’ai apprécié le voyage et la découverte, certes sommaire, de cette culture, j’ai eu du mal à percevoir le propos général. Aucune croyance comme dans Qui a peur de la mort ?, pas de quête particulière, seulement des rencontres qui forgent un tableau assez flou de cette communauté. Bien sûr, des détails évoquent le rapport avec le rêve américain, le rapport à la technologie, le pouvoir du gouvernement, sans qu’il y ait de réel pris à parti. C’est assez déstabilisant, étant donné mes précédentes lectures des romans de Nnedi Okorafor et ses prises de position engagées.
A l’inverse, pour un roman jeunesse, ce n’est pas une lecture si évidente à aborder. Une pointe de magie pour pimenter l’intrigue, une aventure semée de rencontres riches et variées, sans avoir de réel objectif à cette errance solitaire. C’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas mettre ce roman dans des mains trop jeunes, en tout cas pas avant la douzaine d'années.
J’ai lu l’aventure de Sankofa avec curiosité, sans parvenir à m’y attacher. Un décalage persiste entre son âge réel et celui qu’elle a dans la tête, ce qui plonge le lecteur dans l’inconfort, ne sachant pas si j’avais affaire à une adulte ou à une enfant – elle se rapproche davantage de l’adulte. Puis on comprend ce qui l’a entraînée dans une telle position. De là, j’ai éprouvé de la compassion, j’ai été un peu plus touchée par ce récit de vie, sans pour autant aller jusqu’à l’affection totale envers elle.
L’absence d’émotions est également due à une plume un peu trop froide. Sans aller jusqu’au style clinique, Nnedi Okorafor va droit au but dans sa narration et son intrigue. Le style devient alors épuré, un peu trop selon mes goûts. C’est de la jeunesse, c’est facile à lire, malheureusement au détriment du sentiment et de la passion.
Je me doutais que je n’éprouverais pas une émotion aussi puissante qu’à la découvert de Qui a peur de la mort ?. Cependant, maintenant que je connais un peu mieux l’autrice, j’espérais quelque chose d’un peu plus travaillé, dans le sens approfondi. Je ne me suis pas attachée à Sankofa tout en éprouvant une curiosité sincère envers sa quête. A travers elles, l’autrice peint un tableau d’une Ghana corrompue et en perte de valeurs traditionnelles. Je suis tout de même contente que la littérature jeunesse se pare de textes évoquant des régions d’Afrique, écrits par des auteurs africains ou africano-autres nationalités.
12/20
Sankofa : La Fille adoptive de la Mort de Nnedi Okorafor, L'École des loisirs, 168 p.
Traduit par Anne Cohen Beucher, Couverture par Greg Ruth





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