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19 janv. 2017

Partage de midi




Ah ! je sais maintenant Ce que c'est que l'amour ! et je sais ce que Vous avez enduré sur votre croix, dans ton cœur, si vous avez aimé chacun de nous Terriblement comme j'ai aimé cette femme, et le râle, et l'asphyxie, et l'étau ! Mais je l'aimais, ô mon Dieu, et elle m'a fait cela ! Je l'aimais, et je n'ai point peur de vous, et au-dessus de l'amour il n'y a rien, et pas Vous-même ! et Vous avez vu de quelle soif, ô Dieu, et grincement des dents, Et sécheresse, et horreur, et extraction, Je m'étais saisi d'elle et elle m'a fait cela !

23 janv. 2015

Les Juives


Synopsis :

 Un peuple – des femmes surtout – sur le chemin de l'exil, un roi et ses proches livrés à la vengeance divine et envoyés au supplice par un tyran odieux proclament leurs souffrances. 
Pour évoquer, et tenter de comprendre, le scandale des guerres de Religion dans lesquelles il est plongé, Robert Garnier emprunte le modèle désespéré de la tragédie antique et tente d'y injecter un peu d'espérance chrétienne. Reconnue comme la plus belle expression du théâtre français au XVIe siècle, cette pièce s'élève comme une incantation, le spectacle d'une détresse hantée par la violence et la terreur. Confronté au mystère du Mal et à l'effroi qu'inspire un Dieu qui se venge, le théâtre renoue ici avec ses origines sacrées.



Mon avis :

            Lu dans le cadre de mes cours, cette pièce de théâtre est apparemment représentative de la tragédie du Moyen-Âge et de la Renaissance. Robert Garnier étant peu renommé, je suis assez sceptique.
            Mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier pleinement cette pièce de théâtre !

            Il faut savoir qu’elle est entièrement rédigée en vieux français, du moins dans l’édition Folio (collection théâtre), et je ne sais pas si une traduction est disponible dans une autre édition. Il ne faut pas se formaliser de cette langue, elle est très facile à comprendre et le vocabulaire un peu plus difficile, ou parfois les faux amis, sont traduits en notes pour faciliter la compréhension.
            De plus, la composition de la pièce est différente de celle que l’on connaît habituellement. En effet, les actes la jalonne mais pas les scènes et c’est assez déroutant pour les lecteurs qui lisent du théâtre « classique ». Mais cela ne gêne en rien le plaisir à la lecture, loin de là ! Cela donne plutôt l’impression de dévorer la pièce en quelques instants.

            L’histoire est très intéressante, rehaussée par des coups de théâtre bien menés. Le lecteur se laisse emporter par la vengeance de Nabuchodonosor, la détresse pathétique des Reynes, etc. Cette piège est également très courte et se lit donc très rapidement, bien qu’elle soit rédigée en une langue plus ancienne.
            Il ne faut pourtant pas s’attendre à une énorme dose d’action. En effet, Robert Garnier se base principalement sur la psychologie des personnages pour faire vivre son œuvre.
            En fait, en poussant un peu plus loin l’analyse, l’auteur se veut le successeur des tragédies grecques au travers de ces coups de théâtre et de l’expression de la psychologie.

            Mais cette pièce s’inscrit également le cadre historique de l’époque. En effet, il est temps de la Contre Réforme (lutte de l’Eglise Catholique face à l’expansion du courant protestant) et cela apparaît clairement dans cette pièce puisqu’il y a de nombreuses références bibliques, qui ne peuvent pas passer inaperçues pour celui qui connaît les bases de la Bible.

            Cette pièce de théâtre allie donc le plaisir de la lecture à la pertinence des propos, et j’ai grandement apprécié, même les difficultés à comprendre le vieux français (seulement dans les premières pages).

            En conclusion, ce fut une belle découverte, malgré les petites difficultés de la langue. Elle garde tout de même un style léger, qui entraîne forcément une lecture rapide de la pièce. Je suis très contente de cette lecture !


22 janv. 2015

La Tempête



Synopsis :

CALIBAN

Sois sans crainte! L'île est pleine de bruits, De sons et d'airs mélodieux, qui enchantent Et ne font pas de mal. C'est quelquefois Comme mille instruments qui retentissent Ou simplement bourdonnent à mes oreilles, Et d'autres fois ce sont des voix qui, fussé-je alors A m'éveiller après un long sommeil, M'endorment à nouveau; - et dans mon rêve je crois que le ciel s'ouvre; que ses richesses Vont se répandre sur moi... A mon réveil, J'ai bien souvent pleuré, voulant rêver encore. (Acte III, scène 2)



Mon avis :

            Lu dans le cadre de mes cours en Lettres modernes (et plus précisément pour de la Littérature comparée sur le thème du baroque), je redoutais quelque peu cette lecture, certes brève (la plus courte de Shakespeare, paraîtrait-il), d’une œuvre très peu renommée, du moins comparé à d’autres, de cet auteur.
            Je fus donc très agréablement surprise !

            Le style d’écriture est léger, direct. L’auteur ne perd pas de temps en didascalies superflues et se contente de dialogues vifs, quelques répliques parfois également pour donner du rythme à son intrigue. Pour cette raison mais aussi pour le peu de longueur, La Tempête est une pièce de théâtre qui se lit très rapidement.

            De plus, William Shakespeare insère dans sa pièce de la magie, certes peu présente mais bien là quand même. N’ayant pas l’habitude de voir ce genre d’apparition parmi les œuvres des grands classiques, c’est un réel plaisir de voir que certains gardaient l’esprit ouvert à ce genre de thème (bien sûr, il faut aimer ce qui touche à la magie et au surnaturel pour en apprécier la présence).
           
            L’auteur mêle également avec brio le genre classique et celui du baroque, ce qui permet de contenter un vaste public. En effet, on retrouve le classicisme dans les références à l’Antiquité, plus précisément dans sa mythologie, avec des comparaisons à Didon, par exemple, ou même l’apparition de plusieurs dieux, entre autres Isis et Cérès. En cela, Shakespeare se veut le successeur des classiques. Mais il distille également du baroque, déjà en rapport avec la magie dont j’ai parlé plus haut mais aussi au travers de l’irrespect des conventions, etc. Des petits détails qui mènent soit vers un genre, soit vers l’autre, donc. Mais ces divergences m’ont vraiment plu, car cela montre que ce soit l’un ou l’autre, une œuvre superbe peut en émerger.

            L’histoire en elle-même est intéressante, même si la romance en toile de fond me fatigue légèrement. Bien sûr, sans elle, il n’y aurait pas de fin donc on ne peut que l’apprécier, mais je regrette que ce soit toujours les mêmes schémas narratifs.
            Les personnages sont très peu travaillés, possèdent peu d’ampleur, mais c’est suffisant pour la compréhension du texte et une possible représentation sur les planches.

            Enfin, le bon côté des choses, c’est que je ne me suis pas ennuyée.


            En conclusion, une belle découverte de cette œuvre méconnue du grand dramaturge anglais. Je suis contente qu’un cours me l’ai fait découvrir, sinon je n’aurai jamais eu la curiosité de me plonger dedans. Mais cela me pousse également à quitter mon monde confiné de la SFFF pour me tourner davantage vers quelques classiques (même si pas beaucoup quand même ! Je suis vite perdue sans l’Imaginaire !).