24 sept. 2016

Coeurs de rouille





         La cité du ciel est en plein déclin. Les robots, jadis fidèles serviteurs, régressent jusqu'à devenir des machines stupides ou de terrifiants prédateurs. Saxe est un artiste qui survit en travaillant sur les golems actionnés par magie. Dresde est une jolie automate qui n'a connu que le luxe avant que son maître l'abandonne. Tout les sépare, et pourtant ils vont partager un rêve commun : s'enfuir de la forteresse volante. Traqués par un tueur mécanique qui écorche les humains pour voler leur peau, ils se lancent dans une course peut-être sans espoir : retrouver la mythique porte ouvrant sur la liberté.






         Cœurs de rouille est un livre on-ne-peut-plus particulier. Plein de poésie, il devient très vite déroutant et pourtant il envoûte par certains côtés. Du mien, je fus conquise de bout en bout et, même si j’aurai pris mon temps pour savourer la moindre tournure poétique, j’ai passé une excellente lecture pas loin du coup de cœur.

       L’histoire nous plonge dans les méandres du Steampunk, l’un des genres de la Science-fiction consistant à plonger l’époque de la Renaissance au cœur des machines à vapeur et autres avancées technologiques de ce type, un passé alternatif pour faire simple (si vous connaissez les livres de Jules Vernes, vous comprendrez de quoi je parle). Ici cohabitent créatures surnaturelles comme un Golem, qui acquiert la vie en échange d’un service, des machines façonnées par les humains et ces derniers. Seulement, la cohabitation n’est pas toujours belle et Justine Niogret nous invite à la suivre dans sa condamnation de la déchéance humaine, du comportement ignoble des humains. La morale est simple et facilement perceptible, cela ne change en rien que son implacabilité saisit aux tripes au même titre que le Golem (dont le nom m’échappe un mois après la lecture, désolée) effroyablement horrible.
       L’action est donc facile, pas forcément très originale, mais le récit s’étalant sur un nombre de pages restreint permet de ne pas se lasser et de toujours rester concentré sur sa teneur, son intensité.
       L’ambiance est à l’inverse entièrement sombre. Enfouis dans les ténèbres d’une cité elle-même enfouie sous plusieurs niveaux dans la terre, l’histoire se déroule presque en huis-clos, entre deux personnages qui devront affronter leur peur en même temps que celle des autres.

       Les personnages sont tout aussi attachants que l’action est intense.
       Tout d’abord nous découvrons Saxe, un jeune humain ayant fui sa condition d’ouvrier dans l’usine servant à la production des machines afin de partir en quête du soleil, cet astre flamboyant qu’il n’a encore jamais vu. Son caractère candide et rêveur, couard, et pourtant attaché, presque fidèle, lui confèrent un aspect humain qui ne peut que le rendre attachant.
       Dresde, le robot, est plus difficile à appréhender. D’abord froide, elle acquiert une chaleur et une crédibilité au fil du récit qui l’épanouie alors même qu’elle s’offre progressivement à nous. Son dévouement pour Saxe la rend d’autant plus attachante qu’elle n’aura de cesse de chercher à remplir sa fonction, sans comprendre qu’elle ne le fait pas par devoir mais par sentiment.
       Le Golem, quant à lui, est l’entité maléfique où toutes les démonstrations de l’Horreur se donnent rendez-vous pour nous dégoûter. J’ai frissonné à de multiples reprises, notamment quand il explique à ses deux « invités » la manière dont il a « guéri » son maître. Description des plus horribles de la torture subite, ce livre n’est pas forcément à mettre entre toutes les mains.

       La plus belle chose que je retiendrai de ce récit reste encore la plume de l’auteur. Poétique, onirique, Justine Niogret emploie des tournures de phrase qui ne peuvent qu’attendrir et émouvoir. Elle a une force dans la plume qui ne peut que surprendre et envoûter et je souhaite à tous de se laisser bercer un jour par la force de son récit.

       En conclusion, ce livre est passé à un cheveux du coup de cœur. Je ne saurai dire ce qui m’a manqué pour qu’il obtienne ce graal, peut-être une petite chose qui m’aurait empêché de lâcher le livre… Quoi qu’il en soit, la beauté des personnages, la force de la plume, ce récit haletant, tout fut mis en scène pour nous entraîner dans une magnifique descente en enfer. Peut-être que la morale est trop perceptible pour réellement m’emballer, en tout cas je suis entièrement d’accord avec le propos tenu. En bref, une excellente réussite de la littérature française que je recommande à tout public averti.


17/20






2 commentaires:

  1. Ca fait un moment que je l'ai dans ma PAL, il faudrait que je l'en sorte !

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    1. Oui oui, il vaut vraiment le coup d'être lu si tu aimes le Steampunk en huis-clos :)

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