28 juin 2026

Anthologie de Nouvelles Steampunk, tome 5 - Gastronomie & Exploitation coloniale




Le steampunk est une infusion de science-fiction et d’histoire du XIXe siècle, une période qui connaît l’essor de la gastronomie et l’apogée du colonialisme. Dans cette anthologie, vous découvrirez que derrière les douceurs exotiques importées en métropole, se cache bien souvent l’amertume de la servitude. Chaque territoire colonisé est un chaudron bouillonnant dont les chefs profitent des effluves pendant que les dominés étouffent à petit feu. Alors attention : si vous soulevez le couvercle, la vapeur risque de vous brûler.



Pourquoi ce livre ? Cela fait un moment maintenant que je prends plaisir à découvrir les textes de cette collection. Un an après avoir lu le quatrième recueil, je poursuis enfin avec le cinquième.

On entre dans le vif du sujet avec Les Jeux gastronomiques de Paris d’Anne-Justine Jasinski. Le titre ne peut que faire penser aux Jeux olympiques de Paris qui ont eu lieu y’a deux ans seulement. Ici, pas de promesse de paix. Inversant les grands partis de l'Histoire mondiale, l'Europe est sous domination des autres continents tout en se faisant piller ses ressources - qui ne sont pas énumérées mais qui ne doivent pas être si énormes/coûteuses que ça. J’ai bien aimé le découpage en fonction du menu, ce qui accroît la tension en fonction des décisions du personnage issu de l’Afrique : Malia. Si Guillaume a compris les enjeux de ces Jeux, ce n'est pas le cas du lecteur qui ne comprend l'étendue de cette organisation qu'à la toute fin. Je n'avais rien vu venir. C’est sombre sans être cynique. Bref, le tempo est bien mené et j’ai pris plaisir à parcourir cette nouvelle, même si les plats prononcés ne m’ont pas fait voyager. (15/20)

J’ai adoré découvrir Le Goût de l’humanité de Jennifer Joffre. Rappelant Les Contes des milles et une nuit par son déroulé, la survie de la pauvre cuisinière passe par la volonté, réfléchie et raffinée, d’ouvrir les yeux à cette créature faite de métal et de rouages. Le seul petit bémol à mes yeux concerne la temporalité trop courte. Je ne suis pas certaine qu'une telle complicité puisse naître en si peu de temps. Je me doutais des grandes lignes de la fin, je n'étais pas prête à découvrir cet enchaînement de péripéties et ces mots qui sonnent justes, dans le tout dernier chapitre. Les recettes préparées rappellent par ailleurs la fascination des Occidentaux pour la cuisine asiatique (vietnamienne, ici). En tout cas, ça m’a donné l’eau à la bouche ! (17/20)

J’ai beaucoup aimé Hauts Fourneaux de Thibaut Jablonka. Non seulement il allie l’industrie à la gastronomie comme le demande les thèmes du recueil, il complexifie davantage la donne en ajoutant de la politique à l'ensemble. L’intrigue devient alors complète, partant d’une quête anodine à une situation géopolitique critique. Même la résolution de la quête participe aux enjeux politiques, assaisonnée de cette pincée de sel. En peu de mots, une réelle tension naît sous nos yeux, avec la détresse de l’un et le mécontentement bouffi d’orgueil des autres. J’ai énormément aimé. (16/20)

Jusqu'à maintenant, je suis satisfaite de découvrir la qualité de ce recueil. Je croise les doigts pour que le dernier texte soit aussi bon dans sa trame et ses idées.

Je ne dirai pas que j’ai moins aimé Un grain dans la machine de Yasmine Djebel, ce serait mentir. En quelques lignes, elle a su me faire voyager dans un paysage exotique, entre technologie avancée et créatures fabuleuses du désert. Là encore le propos est très politique, avec une tension accrue par les paroles échangées entre les deux amies en mission. Là où ça pêche, c'est que j’ai le sentiment que quelque chose m’a échappé jusqu'à la fin. La visée de cette novella est assez nébuleuse, en dehors de montrer les inégalités. Les échanges lors de la dernière audience n’ont fait qu'accroître ce malaise face à l’incompréhension. C'était une bonne lecture, riche d’épices en dépit d’une gastronomie assez discrète, mais frustrante par son flou ambiant. (13/20)



J’ai insisté sur le côté politique d’une novella en particulier mais, avec le recul, je me rends compte que ce recueil est politique. Les thèmes sont savamment respectés, et les auteurs ont donc poussé le zèle pour implanter une portée politique dans différents contextes. C'était prenant, dépaysant voire même exotique, avec des discours forts et des idées variées qui font réfléchir. J’ai adoré ce recueil pour l’originalité des sujets et le bon moment que j’ai passé à parcourir ces textes. Je recommande vivement !


16/20

Gastronomie & Exploitation coloniale d'un Collectif, Oneiroi, 166 p.
Couverture par Nicolas Bouvrais, ATM Communication


Les autres titres de la saga :
1. Écologie & Folie technologique
2. Mécanique & Lutte des classes
3. Exploration & Frontières culturelles
4. Invention & Jeux de pouvoir
5. Gastronomie & Exploitation coloniale
6. Industrie & Fonds marins
7. Consumérisme & haute couture
8. Oligarchie & sciences occultes
- saga en cours -


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