14 avr. 2017

La Septenaigue, tome 3 - Fils de l'Ombre, première partie




       "Ma mère connaissait tous les récits contés au coin du feu d’Erin. Assemblés autour de l’âtre, les villageois l’écoutaient en silence après une longue journée de travail et s’émerveillaient des tapisseries qu’elle tissait de ses mots." Ainsi Liadan, fille cadette de Sorcha des cygnes, entame-t-elle son récit. Une génération a passé au domaine de Septenaigue. Elle a hérité de sa mère le talent de guérisseuse et le don de voir et d’entendre les esprits de la forêt. Il lui incombera d’affronter un destin douloureux pour préserver de la ruine sa famille, son domaine, son enfant à naître et peut-être aussi l’amour interdit qu’elle a découvert en chemin.



      J’ai longtemps repoussé la lecture de la suite de Sœur de cygnes, le premier diptyque de cette saga divisée en trois parties. Mais finalement, je regrette énormément d’avoir tant attendu.

      On « enchaîne » sur cette suite de série sans difficultés. Quelques détails viennent rappeler l’intrigue précédente mais tout se fait dans la douceur et l’onirisme dont est capable l’auteure, si bien qu’on ne peut pas dire que l’on soit interrompu dans notre lecture par ces piqûres de rappel. Et puis pour ceux qui ont adoré ou simplement apprécié la première intrigue divisée en deux volumes, reprendre la suite un an plus tard ne pose aucun problème pour se remémorer les petits détails, d’autant plus que les personnages et l’intrigue évoluent et se différencient malgré quelques similitudes.
       On découvre l’histoire de Liadan, la fille cadette de Sorcha et Iubdan. Jumelle de Sean, ils représentent à eux deux la relation qu’avaient Sorcha et Finbar, un lien puissant qui n’est pas sans contenir une once de magie. Jeune femme ne reculant pas devant les tâches difficiles, Liadan est loin de se douter que son train-train quotidien la conduira au devant de grands troubles. Prévenue par des voix lointaines issues d’outre-tombe, elle devra faire face à un destin bien plus noir encore que celui de ses parents. L’amour est la clé des chemins, elle en sera sans doute privée par des choix qu’elle ne maîtrise pas encore. Et si dire non aux Hauts Elfes était réellement possible..?

       Voilà à peu près le résumé que je peux vous donner de ce livre sans trop en dire. Car en lisant le résumé (après avoir lu le livre, comme je fais la plupart du temps), je fus très amère de voir qu’il en disait vraiment beaucoup sur l’intrigue ! De mémoire, c’est le même pour les deux tomes du diptyque, donc je conçois que les éditeurs essayent d’équilibrer pour donner envie de lire les deux. Toutefois, je fus vraiment déçue qu’ils ne gardent pas plus d’éléments secrets. Donc si vous voulez l’attaquer, ne lisez pas tout le résumé !
      
    Je fus vraiment très heureuse de retrouver cet univers. En réfléchissant bien, j’ai l’impression d’être projetée dans un monde bucolique, au milieu d’une forêt et de la nature. Après tout, Septenaigue se situe au cœur de l’Irlande. Les humbles gens s’occupent des terres et des élevages quand les seigneurs s’arment pour la guerre. Car ce tome introduit également une sombre menace qui pèse sur les esprits. L’ennemi reste encore lointain, mais les plans naissent, les alliances se font et se défont, les mariages diplomatiques sont à prendre en compte. Et les femmes sont projetées dans des univers inconnus, où les gens ne respectent pas même leur beauté.
       Pourtant l’action est toujours aussi lente et langoureuse. Quelque chose accroche l’intérêt du lecteur, c’est indéniable, et ce livre propose une véritable intrigue, ce n’est pas que compter fleurette ou des amourettes. En fait, je me rends compte que je n’arrive pas à bien exprimer mes idées (ça craint).
       La fin vient presque trop rapidement. Tout bascule enfin, les personnages quittent leur famille vers un avenir sombre, les femmes se préparent à pleurer et Liadan à faire face au destin qu’elle s’est choisie. J’avoue volontiers que j’ai profondément hâte de découvrir la suite. Une certaine tension a su enfler au cours des cent dernières pages et on devine aisément que tout va éclater dans la suite directe.

       La véritable force des personnages repose dans leur profondeur et leur intégrité. Chacun possède naturellement sa propre personnalité, un caractère affirmé par une liberté dans l’éducation, proche d’une nature dominante. Des liens forts unissent chacun d’eux et les cent premières pages décrivent ô combien chacun s’aime et tient à l’autrui. Et pourtant un dissident fera en sorte que les liens deviennent de plus en plus ténus, ternissent, s’effritent, laissant certains sur le carreau. C’est dans ces moments-là qu’on se rend compte à quel point on les apprécie. On comprend leur douleur à défaut de la ressentir, une gêne naît et on se surprend à espérer le meilleur pour nos préférés d’entre eux. Certaines mises en garde nous font redouter le pire quand les moments de joie nous font espérer le meilleur.
       Liadan est une véritable force de la nature. Elle que je croyais tranquille, avec cette petite vie qui lui sied tant tandis qu’elle marche sur les traces de sa mère, va devoir affronter l’inévitable. Elle devra faire preuve de courage et de témérité pour oser s’opposer aux plus puissants, et elle le fera par estime d’elle-même mais surtout pour l’amour d’autrui – et je ne parle pas d’une seule personne, mais bien de tout homme sur terre. Elle devine quand on a besoin d’elle et ne reculera devant rien pour apporter son soutien, si maigres soient les chances de réussite derrière. J’ai beaucoup apprécié son caractère intègre. Malgré toutes les douleurs, malgré tous les obstacles, elle évolue dans le bon sens du terme, sans oublier les liens qui l’unissent à sa famille.
       Niam m’a un peu plus agacé mais il faut de tout pour rendre une intrigue réaliste. Libre comme elle était, elle avait tout pour incarner le personnage par excellence, selon mes attentes. Cependant elle use de ses charmes pour échapper à la banalité du quotidien et pour s’empêtrer dans une situation qui la dépasse totalement – qui dépasse tout le monde, d’ailleurs. Et ses réactions ont eu tôt fait de m’énerver. Par la suite, la pitié a dominé, faut bien l’admettre, mais je ne peux vous dire pourquoi.
     Sean est un garçon très téméraire et belliqueux. Elevé dans l’amour de ses parents, l’absence d’héritier dans la lignée de son oncle Liam fait de lui le prochain seigneur de Septenaigue, et il prend très à cœur de protéger ses futures terres. Toutefois on n’assiste jamais à des scènes de tendresse envers ses sœurs, il partage finalement peu de choses avec sa famille si ce n’est de profondes émotions à Liadan quand il est incapable de les contrôler, mais ce sera tout. Je fus un peu déçue de ce côté-là également.
      L’homme illustré est en revanche un personnage très complexe que j’ai paradoxalement apprécié de côtoyé (eh ouais, je fricote avec l’ennemi, et alors ?). En toute sincérité, c’est seulement dû au fait qu’une aura mystérieuse se dégage de lui. On s’interroge sur la raison de tous ces dessins, sur la raison de sa vengeance, sur la raison de ses cauchemars. Vous l’aurez deviné, le personnage suscite énormément de questions qui restent en suspend, ce qui accroît son intérêt.
      Je fus heureuse de retrouver certains des frères de Sorcha, comme Liam cité plus haut. D’autres ont survécu aux dures lois de la vie et de la vieillesse – je vous laisse la surprise de savoir lesquels. On en apprend un peu plus également sur le destin de Finbar et ça, ça ne valait pas de prix. Je fus contente d’en savoir un peu plus, moi qui échafaudais plein d’hypothèses. Et je ne fus sincèrement pas déçue de la réponse !
       Quant à Sorcha elle-même, les ténèbres grondent et je ne peux en dire plus sous peine de spoil. Je précise juste que je suis profondément affectée par elle.

       La plume est toujours aussi belle et onirique, comme j’ai pu le dire en tout début de cette longue critique. L’auteure dégage une force au travers d'elle qui sied bien au domaine de Septenaigue. Tout est lié et le style d’écriture n’y échappe pas. On lit avec plaisir, on ouvre le livre avec un frétillement certain et on le referme avec un pincement au cœur. C’est ça, la saga de Septenaigue. Et je peux affirmer que tous les amoureux d’une Fantasy pure adoreront, une fois de plus, cet univers.

L’adage dit vrai, plus c’est long et plus c’est bon, et mes plus longues chroniques sont toujours pour les coups de cœur. Le premier tome était excellent, les deuxièmes et troisièmes furent des coups de cœur. Je suis curieuse de découvrir ce que promet la suite. 


       Les mots me manquent pour résumer toute l’émotion que ce livre dégage. On sourit à de multiples reprises, on frémit beaucoup, on peut pleurer devant la cruauté du destin et des hommes, on craint le pire, on espère le meilleur. On vit ce livre. L’auteure opère une fois de plus un tour de force en créant des personnages intègres et chacun différent de l’autre, avec un passé unique et un avenir que chacun trace à sa manière. Comme le diptyque précédent, l’intérêt n’est pas l’action, elle est toute autre. Et c’est sûrement là qui projette cette saga dans l’originalité. Tous les amoureux de la Fantasy devraient la lire au moins une fois dans sa vie. 


20/20



Les autres titres de la saga :
3. Fils de l'ombre, première partie
4. Fils de l'ombre, deuxième partie
5. Enfant de la prophétie, première partie
6. Enfant de la prophétie, deuxième partie
- Saga terminée -

2 commentaires:

  1. Je ne connais pas du tout merci pour la découverte

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    1. Si tu aimes la Fantasy lente et poétique, cette saga est faite pour toi. Mais faut commencer par le premier diptyque ;)

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