10 juin 2020

Contes hybrides




J’ai passé en revue chaque hypothèse vraisemblable au moins deux ou trois fois. Je suis certain de ce que j’ai vu, mais je ne sais pas quel sens y accorder.

Dans ma jeunesse, quand j’ai commencé à lire, dans ce flou bienheureux où se mélange la construction du monde de l’enfant et son acceptation primaire de toutes les histoires, je croyais sincèrement aux créatures fantastiques, aux enchantements. Adolescent, je n’avais évidemment rien rencontré de tel, mais je me suis mis à penser que j’étais un des rares à croire encore et que l’absence de preuves n’invalidait pas la magie.



Pourquoi ce livre ? J’ai mis du temps avant de l’acheter. Le nom de l’auteur m’attirait, pour avoir lu quelques uns de ses livres et pour l’avoir rencontré sur plusieurs événements littéraires. Pour autant, le format de l’édition me dérangeait (comment l’intégrer à sa bibliothèque ?!). Ce n’est qu’en voyant passer plusieurs bons avis dessus en quelques jours, il y a de cela deux ou trois semaines, que j’ai craqué. Et on ne peut dire qu’il ne sera pas asséché dans ma PAL !

Contes hybrides porte très bien son nom. Ce recueil de novellas réunit trois textes qui répondent chacun à un genre de la SFFF : fantastique, science-fiction, fantasy (comme ils viennent dans le recueil). Tous différents, ils sont chacun porteur d’une pensée, d’un espoir, d’une réflexion de l’auteur. Je les ai trouvés tantôt poétique, tantôt violent, tantôt formidablement vulgaire. Plus que me faire voyager en m’amusant, ce recueil m’a fait réfléchir et rien que pour ça, je pense que l’auteur a correctement rempli son job - en y prenant du plaisir aussi, je l’espère !

Le sang du large place l’auteur et ses craintes au premier plan. Une fois qu’on a écrit tout ce qui nous passait par la tête, qu’on a exploré et exploité toute la matière de notre imagination, que nous reste-t-il à écrire ? Lionel Davoust démontre avec bravoure que la beauté et la capacité de créer est partout, il suffit simplement d’y croire. Un joli message d’espoir pour toutes les histoires qu’il nous reste encore à découvrir. Douce et entraînante, cette novella s’effeuille lentement pour finir en apothéose, au-delà de la souffrance. Splendide.

Point de sauvegarde m’a également beaucoup plu, même si j’aurais davantage du mal à en parler. Deux personnages là encore, et une visée bien plus sombre. Entre mémoires et nouvelles technologies, le narrateur entraîne une réflexion intéressante sur notre capacité à se souvenir par nous-même et à réfléchir par nous-même. Récit violent, qui m’a donné un petit frisson, et qui frappe par sa conclusion.

Bienvenue à Magicland est à la fois mignon et vulgaire. Mignon pour les licornes, dépeintes pourtant de façon à démystifier le mythe ; vulgaire parce que le héros est un troll. Dans la façon de s’exprimer, j’ai vaguement rapproché l’oeuvre à Entre troll et ogre. Pour autant, ici l’affaire prend une tout autre tournure puisque le psychologue cherche à faire comprendre quelles sont les envies de son patient. Un récit qui nous fait réfléchir sur nos objectifs, nos plaisirs et nos rêves. C’est le récit que j’ai le moins apprécié, et pourtant j’ai souri à plusieurs reprises, sans bouder mon plaisir.



Le style change, évolue pour mieux s’adapter au récit et ses personnages. J’ai beaucoup aimé me plonger dans ces univers et cela confirme que Lionel Davoust est un auteur à suivre car on partage les mêmes idées et ses histoires m’emportent toujours très vite, quelle que soit leur longueur.



16/20





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