16 août 2017

Haut-Royaume, tome 1 - Le Chevalier



             Un homme, un royaume, un destin. Il avait nom Lorn Askariàn. Certains disent que le malheur arriva par lui et d'autres qu'il fut celui par qui tout fut sauvé. Dans ses veines coulait le sang noir des héros condamnés. Le Haut-Royaume connaît sa période la plus sombre. Le roi est affaibli et la rébellion gronde aux frontières du territoire. En dernier recours, le souverain libère Lorn de ses geôles et le nomme Chevalier du Trône d’Onyx, chargé de protéger l’autorité royale. Héros valeureux et juste, Lorn est une figure d’espoir pour le peuple, mais il poursuit également un but secret : retrouver ceux qui l’ont maintenu en captivité, les uns après les autres… et leur faire sentir le goût de la vengeance.


      Pourquoi ce livre ? Parce que j’ai toujours eu envie de découvrir le style de Pevel, auteur renommé dans la Fantasy. Paraîtrait qu’il n’a pas son pareil pour façonner les univers, construire des personnages puissants, etc.

       Je vais commencer par dire que je ressors mitigée de cette lecture car c’est véritablement le sentiment majeur que j’éprouve en y repensant. Y’a du potentiel, comme souvent dans les premiers tomes, c’est très entraînant et j’avoue volontiers qu’une fois dedans, et bien dedans, j’ai eu du mal à décoller du livre. J’ai toutefois relevé des défauts, trop de défauts, si bien que je n’ai pas ressenti tout le plaisir que j'espérais.

       La mise en contexte est excellente. Sans planter le lecteur dans une étendue de descriptions liées à l’univers ou aux institutions, politiques comme religieuses, Pevel fait le choix de nous offrir le portrait peu glorieux de deux des personnages que nous serons amenés à suivre. Lorn Askarian, Capitaine de l’armée du Haut-Royaume, fonce tout droit dans les bas-fonds d’une ville pour extirper le prince Aldéran des griffes d’une solide drogue liquide, le Kesh. L’ombre plane, la tension monte, finalement ils s’en sortiront avec brio. Puis une ellipse de trois ans vient effacer cet horrible souvenir et les certitudes récemment acquises s’effondrent. Les rôles s’inversent, pour des causes bien plus graves. Une aura de mystères s’installe, car en tant que lecteur nous ne savons pour quelles raisons Lorn s’est retrouvé enfermé à Dalroth, prison sous le joug de l’Obscur. Accusé de haute-trahison pour des faits inexpliqués donc, Lorn sera finalement libéré au nom d’une destinée qui serait plus grande qu’on ne le croit.
       Voilà le début. Résumé ainsi, je dois dire que même moi je signerai tout de suite ! Beaucoup de mystères à élucider, d’énigmes à déchiffrer, de tension croissante alors qu’on pense approcher de l’heure des révélations au fil de notre lecture. Toutefois l’action se fait sévèrement attendre. Certes, il faut reconnaît qu’en en lit, mais celle-ci est bien discrète, noyée dans la masse de l’intrigue politique et des coups bas, choses que l’on devine aisément à l’avance. De plus, l’action qu’on découvre s’explique difficilement avant la fin. Je ne peux expliquer davantage sans spoiler, mais le parfait exemple concernerait la présence de Lorn aux côtés du baron Téogen pendant toute une partie.
       Car oui, le livre se découpe en plusieurs parties qui permettent de régir l’évolution du temps. La plupart du temps, on change seulement de saison : printemps 1547, été 1547, vous n’avez pas besoin d’aide pour deviner la suite logique. Cela permet de situer facilement l’action dans un cadre temporel, ce que j’apprécie particulièrement.
       Bref, peu d’actions mais le livre dégage une telle attraction que, comme je le disais ci-dessous, il est difficile de s’en extraire une fois plongée dedans. Y’a du rythme, quelques rebondissements, et ce fameux mystère qu’on souhaite avidement élucidé.
       La fin est très bien dosée, je dirais même que ça vaut le coup de se forcer à lire tout le livre – même si on n'aime pas – pour attendre de découvrir la meilleure partie. Alors qu’on croyait tout perdu, l’espoir revient (ce qu’on se doutait puisqu’il y a une suite). Toutefois l’épilogue, lui aussi divisé en plusieurs chapitres, casse le mythe et, une fois de plus, nos certitudes en finissant sur un cliffhanger tout bonnement horrible ! Alors qu’on les croyait tous saufs, un traître va briser l’équilibre. Lorn est concerné au premier plan, et je dois dire que la situation critique sur laquelle se clôt le livre est une torture. De même, pas mal de rebondissements et révélations sont faites, bref Pevel nous laisse une fin horrible et je comprends maintenant pourquoi les amateurs de Fantasy disent que c’est un grand auteur. Je ne suis pas entièrement convaincue, mais l’envie est grande de me jeter d’emblée sur la suite !

       J’ai beaucoup aimé chacun des personnages, ils ne sont jamais ni trop blancs ni trop noirs, et puis ils évoluent au même titre que leurs ennemis, tout en conservant une cohérence bienvenue. Mon seul regret à leur égard repose surtout sur leur exploitation. Lorn étant le Chevalier éponyme, il sonne comme évident que le regard de l’intrigue ne concerne que lui, à quelques exceptions près. Hors l’univers extérieur montre beaucoup de potentiels, laissé de côté pour se concentrer sur les péripéties de notre héros. Je trouve cela extrêmement dommage, quand on sait les tracasseries du prince Aldéran, ou la méchanceté de la reine et son ministre, la folie du Haut-Roi… Bref, y’avait clairement de quoi faire une pépite, et l’auteur a choisi un autre chemin.
       Lorn, pour étonnant que cela soit, ne démarre pas comme un personnage attachant, même s’il finit par le devenir à mes yeux. Perdu dans la folie de l’Obscur, accablé par la rancœur d’avoir injustement été enfermé à Dalroth, ce Capitaine garde un ton bourru et détaché face à tous, même à ses anciens meilleurs amis. Pourtant en grattant un peu la croûte, on va finir par découvrir un héros qui a à cœur la mission léguée par le Haut-Roi : protéger le Haut-Royaume en tant que Premier Chevalier. Et comme je l’ai déjà dit, la fin bouscule toutes nos certitudes le concernant, notamment sur ses décisions et son implication dans quelques affaires louches.
     Le prince Aldéran, ou Alan, offre lui aussi un caractère construit. On peut dire qu’il a deux visages : le joyeux prince lumineux sur lequel on peut toujours compter et le prince accablé par le poids de son statut, qui comprend bien sa position et le but auquel sa mère la Reine l’emploie. On sait dès le prologue son penchant pour le Kesh, mais en tant que lecteur, on ne peut que comprendre ce personnage divisé.
       J’ai également beaucoup apprécié le ministre Estéviris. Il offre lui aussi de multiples visages, que nous pouvons réunir sous le simple mot du profit. Il se porte au service de la Reine mais nous savons au final qu’il ne sert que ses intérêts.
Quant à la Reine même, elle paraît bien trop cruelle pour être crédible. Personnage le plus antipathique, elle a vraiment le mauvais rôle, poussé à l’extrême. C’est dommage car ça frôle le stéréotype à mon sens, ce que je déteste par-dessus tout…

La plume m’a surprise, mais je suis encore incapable de dire si c’est dans l’agréable ou au contraire le désagréable. Cela résulte sûrement de la transition avec Récits du Vieux Royaume de Jean-Philippe Jaworski, où la plume restera à jamais imbattable dans mon cœur, mais dans Haut-Royaume elle m’a semblé bien fade, très directe. Peu de descriptions, peu d’adjectifs qualificatifs et d’images, Pevel paraît au plus pressé et ce n’est clairement pas le décor ni les fioritures qui sont concernés. Dans l’ensemble, ce n’est pas désagréable, loin de là, et ce style direct aide à dévorer plus vite encore le récit. Mais voilà, je ne m’y attendais pas à ça vu la réputation de l’auteur.
   

     Une première tentative agréable mais sans plus. Je m’attendais à quelque chose de fort, où l’action et les révélations seraient maîtres. Je fus conquise sur la fin, et pas qu’un peu ! Mais pour moi il manque de rebondissements et de péripéties au milieu de l’intrigue, et les institutions sont mal exploitées. Par contre, je conçois aisément que la fin soit une tuerie, elle donne l’envie de se jeter tout de suite maintenant sur le prochain tome.



14/20




Les autres titres de la saga :
1. Le Chevalier
2. L'Héritier
- saga en cours -

4 commentaires:

  1. Peut-être pas le plus trépidant en effet mais j'avais plutôt bien aimé, même si je n'ai toujours pas lu la suite ;)

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    1. Oui, y'a quelque chose qui change de la Fantasy classique et ça se laisse lire volontiers.
      Et je te comprends, la fin a beau être géniale, encore faut-il trouver le temps de caser la suite ^^

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  2. Ta critique est hyper élogieuse pourtant, on ne dirait pas que ce fut une lecture en demi teinte pour toi !
    Moi en tout cas j'adore cette série ! J'ai tellement hâte que le tome 3 sorte (plus que quelques mois à attendre, il sort en janvier !)

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    1. Oui, c'est assez paradoxal, je le reconnais XD En même temps, c'est un pavé de 600 pages dévorés sur trois jours, pourtant je ne fus pas totalement convaincue. Ca complexifie les explications, moi-même j'ai eu du mal à comprendre ^^
      Janvier ?! Il va falloir que je me presse alors... J'espère que tu ne seras pas déçue par la fin ! =)

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