24 août 2018

Testament, tome 2 - Alouettes




Je m’appelle Agnès, et je suis orpheline. Ah ! Et sorcière, aussi. Mon oncle m’a engagée dans son étude notariale. Ne croyez pas que le job soit ennuyeux, en fait, ce serait plutôt le contraire. En ce moment, tout l’AlterMonde est en émoi à cause d’une épidémie de Roméo et Juliette. Imaginez : des zombies tombant amoureux de licornes, des vampires roucoulant avec des kitsune, des sirènes jurant un amour éternel à des garous. Et tout ce beau monde défile dans notre étude pour se passer la bague au doigt. Mais la situation commence à sérieusement agacer les hautes autorités. Et comme l’AlterMonde n’est pas Vérone, à nous de faire en sorte que cette fois l’histoire ne se termine pas dans un bain de sang...



Pourquoi ce livre ? Le premier tome et le spin off sur le personnage de Navarre avaient été engloutis sur un jour chacun. J’ai adoré du début à la fin, quelques détails me chiffonnaient à chaque fois mais, comme vous pouvez le constater, je n’ai retenu que leurs bons côtés.

Je fus heureuse de retrouver Agnès et les autres personnages de l’Etude. L’héroïne va mal depuis la mort de son petit ami garou, Jacques : elle a pris trois kilos, fume paquet sur paquet et boit comme un trou, métaphore parfaite pour ce tome qui évoque avec beaucoup de détournement le mythe de Roméo et Juliette. Et des couples shakespeariens, on va en voir une panoplie au cours de notre périple.

L’intrigue part de là, un couple exubérant, un vampire et une kitsune (créature de la mythologie nippone), qui souhaite se marier après leur récente rencontre dans un club pour créatures surnaturelles. De quoi faire frémir les poils d’un Géraud patibulaire pour qui un tel mariage est tout simplement une hérésie. Les deux amants tragiques balayent le plancher, la queue basse et les larmes aux bords des yeux.
De son côté, Agnès doit faire face au vol d’un objet assez délirant, puisqu’il s’agit d’un objet sexuel issu de la mythologie. Son propriétaire souhaite le récupérer après plusieurs siècles de cession, entraînant quelques orgies bien connues. Agnès va devoir oublier quelques principes moraux fondamentaux pour mettre la main - et seulement la main - sur ledit objet.

Le rythme est lent, les protagonistes piétinent dans leur enquête ou dans la résolution de l’énigme liée à la multitude de couples qui se forment. La tension grimpe, déstabilisant la concentration. Des détails accaparent la pensée de certains, les détournant de leur but. Et nous, nous sommes là à nous gargariser du ton employé, toujours aussi drôlement cinglant.
Comme je le disais sur mon suivi lecture de Livraddict, j’ai lu le commentaire d’une jeune femme qui se plaignait de l’humour pipi-caca-zizi et voici ce que j’ai répondu (ouais, je ne sais pas comment mieux formaliser alors je vous fais un copier coller) : “j'ai fait un blocage. Je comprends pas, l'intrigue tourne autour de Roméo et Juliette, c'est sûr qu'il y allait avoir du sexe (c'est un mythe revu à la sauce moderne, c'était obligée) et que les personnages (avec vampires alléchants, garous au top de leur forme, satyres fêtards et sirènes suaves) allaient rentrer dedans. Rien de choquant en soi, pis ça fait tout l'humour du livre et le détournement du mythe : adieu la pudeur shakespearienne, bonjour Sade !”.

Bon, un point m’a déçu sur l’intrigue et je dois dire que c’est à cause de lui que je n’ai pas ressenti le coup de coeur tant espéré. En effet, nous avons deux intrigues dans le même thème et jamais les personnages n’ont su faire le lien… Forcément, quand j’ai deviné au bout de 100 pages ce qu’ils mettent 400 à découvrir, y’a de quoi tirer la grimace.

Les personnages prouvent encore une fois à quel point ils sont constants, drôles, et se soutiennent. Agnès est engagée dans une spirale infernale, ce gouffre infernal où les claques se succèdent sans qu’elle parvienne à se relever. On a envie de la secouer et en même temps, on n’a jamais autant ri devant sa répartie. Il en va de même pour Zalia et Navarre, au sommet de leur forme. Seul Géraud reste le même, stoïque et bourru.

La plume porte l’ensemble sur un ton léger qui ne souffre aucun ennui. Du début à la fin, le sourire ne nous quitte pas une seconde et on vogue sur cet océan de taquineries percutantes, mordantes. J’ai ri à plusieurs reprises, preuve en est que l’humour est là avec une certaine intelligence (me serai-je envoyée une fleur ?).

J’ai l’impression de faire une lecture extrapolée pour ce qui va suivre, mais j’ose finalement le dire. J’ai l’impression que Jeanne A. Débats a voulu dénoncer l’effervescence toujours plus grande autour des réseaux sociaux, tout comme la présence toujours plus renforcée de la romance dans les genres. C’est un thème qui devient récurrent depuis quelques temps, et j’ai l’impression qu’aborder le grand mythe tragique de Roméo et Juliette fut une occasion pour l’autrice de se révolter face à cette invasion sentimentale. Que j’ai raison ou non, peu m’importe. Je me suis éclatée comme une folle !



Une suite magique. L’humour se délecte sans jamais frôler l’overdose, détournant et malaxant le mythe shakespearien avec une adresse exemplaire. L’intrigue tourne donc autour de l’amour et du sexe, deux thèmes liés et pourtant traités différemment. L’ironie mordante a permis d’accrocher mon intérêt et, si je fus déçue de voir que j’étais plus intelligente que les personnages quant à la résolution du problème, j’ai tout de même su prendre mon pied dans cette affaire. Je me suis un peu plus attachée aux personnages, comme quoi tout est possible. Pas un coup de coeur donc, mais une lecture excellente que je recommande à tous (sauf aux trop jeunes, y’a rien de trop choquant en soi mais ils ne comprendraient pas tout).



18/20




Les autres titres de la saga :
Hors série. Métaphysique du vampire
1. L'Héritière
2. Alouettes
3. Humain.e.s, trop humain.e.s
- saga terminée -


2 commentaires:

  1. J'avais bien aimé le premier, il faudrait que je poursuive !!

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    1. Le deuxième est dans le prolongement du premier, il devrait te plaire tout autant ;)

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