12 juin 2017

Le Bâtard de Kosigan, tome 1 - L'Ombre du pouvoir



      Le chevalier assassin, Pierre Cordwain de Kosigan, dirige une compagnie de mercenaires d’élite triés sur le volet. Surnommé le « Bâtard », exilé d’une puissante lignée bourguignonne et pourchassé par les siens, il met ses hommes, ses pouvoirs et son art de la manipulation au service des plus grandes maisons d’Europe.

En ce mois de novembre 1339, sa présence en Champagne, dernier fief des princesses elfiques d’Aëlenwil, en inquiète plus d’un. De tournois officiels en actions diplomatiques, de la boue des bas fonds jusqu’au lit des princesses, chacun de ses actes semble servir un but précis.

À l’évidence, un plan de grande envergure se dissimule derrière ces manigances. Mais bien malin qui pourra déterminer lequel…


   Je tiens tout d’abord à remercier la TeamLivraddict et les éditions Folio SF pour ce partenariat particulièrement savoureux !

       Je dois dire que je ne sais pas trop par quoi commencer dans cette pépite de la Fantasy. Je suis ressortie de cette lecture totalement conquise et pourtant il manquait un petit quelque chose pour arriver au coup de cœur phénoménal. Je me suis laissée quelques jours pour méditer sur ce fameux point mais non, je ne parviens pas à mettre le doigt dessus…
       Je vais donc tenter de vous exprimer ça clairement (sans rien promettre).

       J’ai grandement apprécié la mise en contexte. Avant même d’avoir les cartes du royaume de France, un prélude nous rapproche du personnage principal, Pierre Cordwain de Kosigian dont on lira les aventures, et celle de sa mystérieuse descendance, tout au long de ce récit.
Car oui, ce récit alterne deux points de vue : celui du Bâtard nommé ci-dessus et celui de son descendant, Michaël de Kosigan. Alternance de points de vue pour deux genres différents dans la littérature et une multitude de détails qui démontrent le savoir et la maîtrise de l’auteur.

En premier lieu, nous suivons tout au long d’une joute donnée en l’honneur de feu un Comte de Champagne les plans du Bâtard de Kosigan visant à s’enrichir tout en « aidant » son prochain. Des guillemets, oui, parce que c’est beaucoup plus complexes que cela, mais je ne peux guère vous décrire davantage sans spoiler une bonne partie de l’œuvre. Retenez simplement que c’est un mercenaire à la recherche de la meilleure paye, mais que parfois ne pas prendre parti ou au contraire prendre parti pour tout le monde permet d’obtenir la plus grande des richesses.
L’univers chevaleresque, qu’on se représente très bien dans la matière de Bretagne, est décrit ici avec quelques nuances bien senties. Adieu la politesse et la galanterie courtoises, faites place à la violence, les représailles, la haine. L’ensemble est dosé avec doigté, on ne peut guère dire que c’est trop sanglant ou trop niais, on assiste vraiment à un récit cohérent et maîtrisé où chaque petit événement recèle son importance dans la suite des plans – de Pierre Cordwain comme de l’auteur ! Quelques légères descriptions viennent compléter le tableau, rien qui ne prenne néanmoins le pas sur l’action et la tension croissantes.
Ma seule déception quant à cette partie réside seulement dans l’une des dernières révélations. Vous précisez qu’on avance de rebondissements en rebondissements est dérisoire tellement cela semble naturel dans une œuvre d’une telle envergure… Toutefois je fus désappointée de découvrir qu’une des révélations tant attendues en fin de parcours était grandement prévisible. Cela n’entache pas pour autant le récit, cela reste du très bon, du très grand. Mais j’aurai voulu quelque chose d’un peu plus complexe, qu’on ne referme pas le livre avec une impression de travail bâclé… Et en réalité les dernières pages nous réservent encore quelques surprises qui en feront certainement bondir plus d’un, moi dans le lot !

L’autre intrigue concerne bien évidemment l’héritier lointain du Bâtard. Tant de mystères entourent ses origines, et même ce fameux personnage fera front à de nombreux obstacles pour tenter d’en apprendre davantage sur cet étrange héritage et l’identité de son aïeul.
Cependant, en tant que lecteur nous ne faisons pas face à une véritable intrigue. En vérité, nous sommes seulement les voyeurs de lettres envoyées aux connaissances de Michaël Konnigan, que ce soit le meilleur ami, principal destinataire à qui il relate ses faits et gestes, ses doutes et ses certitudes, mais également à de vénérables professeurs dont l’aide sera à un moment nécessaire pour avancer dans cette énigme vieille de cinq cents ans. Le chemin sera semé d’embûches et les rebondissements, surprenant dans ce genre littéraire, ne manqueront pas. Happés dans cette enquête, nous sommes autant emportés par ces énigmes successives que par l’action de l’aïeul. Et la fin est…

Comme toute bonne chose, il faut une fin et je dois dire que j’ai refermé ce livre avec énormément de regrets. Surtout lorsqu’on a découvert ce que nous apporte l’épilogue (qui concerne les suspensions de la partie ci-dessus). On ne peut pas terminer un livre de cette façon sans donné l’envie à son lecteur de se jeter la suite ! C’est machiavélique. Et totalement réussi !

Les personnages sont parfaitement maîtrisés et employés avec minutie. Si certains peuvent paraître totalement secondaires voire tertiaires en regard du décor et de l’intrigue, en vérité chacun d’entre eux joue un rôle important à un moment ou à un autre, sans que le lecteur le devine au préalable. C’est dans ce genre de relations infimes, cette toile d’araignée complexe, qu’on devine tout l’art d’un auteur. Pas de doute que Fabien Cerutti s’illustre parfaitement comme tel.
Pierre Cordwain de Kosigan, dit le Bâtard de Kosigan, est issu du Comté de Bourgogne et s’est vu refoulé de ces terres par ses origines. Devenu mercenaire, il a appris à s’entourer d’alliés pleins de ressources et à maîtriser les ficelles des grands pouvoirs du royaume pour tirer un maximum de profits des missions qu’on lui propose – ou impose, selon les cas. J’ai grandement apprécié sa finesse d’esprit, ses réflexes et ses capacités d’analyse, qui font de ce personnage quelqu’un de sympathique et plaisant à suivre malgré son statut social.
Ce chef s’est entouré de plusieurs compagnons à la mine toute aussi sympathique. Qu’un-coup, qu’on voit très peu, Janvier, le jeune Edric, tous donnent envie de rejoindre cette compagnie pourtant hors-la-loi (ou presque). Sans oublier Dùn, cette étrange métamorphe dont le don sera nécessaire à plusieurs reprises. Je dois dire que j’ai grandement apprécié sa capacité mais également la contrepartie de celui-ci, cela rappelle qu’on obtient rien sans rien et surtout qu’il faut ensuite en payer le prix. Celui-ci reste néanmoins bien faible, et apporte une touche d’un comique distrait.
Je n’oublie pas Michaël de Konnigan, dont la personnalité est tout à fait représentative de l’idée qu’on se fait des bonnes gens vivant lors de son siècle. Je ne peux pas dire que j’ai réellement apprécié ce personnage, même s’il n’est pas dénué d’intérêt. Ce dernier, me concernant, se tournait davantage vers l’intrigue qu’il proposait. Entrecoupée de révélations et quelques petits rebondissements, la tension atteignait parfois son comble grâce aux lettres. Toutefois le personnage en lui-même s’efface au profit de ces dernières, si bien qu’il devient difficile de le juger.
Je n’oublie pas tous les autres personnages mais tous les nommer reviendrait à sacrifier des pages et des pages, et cela en deviendrait vite imbuvable... Sachez toutefois qu’on prend plaisir à côtoyer certains, on prend aussi beaucoup de plaisir à imaginer baffer d’autres, mais dans tous les cas on reste rarement différent à la personnalité présentée. De plus, les méchants n’épousent pas forcément les traits de véritables méchants, on ne tombe pas dans les stéréotypes du genre et ça aussi, c’est vraiment bon !

La plume n’est pas poétique, elle possède toutefois un petit quelque chose de très intime qui permet de s’accrocher aux pensées des personnages sans avoir à lutter. Rythmée et souple, elle nous entraîne jusqu’au bout avec douceur. J’ai pris énormément de plaisir à la parcourir, et pour elle aussi j’ai grande hâte d’avoir la suite entre les mains.



       En définitive, je fus conquise du début à la fin et, si ce n’était ce petit détail quant à un élément trop prévisible pour être appréciable, le coup de cœur aurait été de la partie ! Les personnages sont multiples mais ne se ressemblent pas et aucun n’est laissé de côté, c’est comme s’ils desservaient un énorme tableau dont on entrevoit seulement les fils à mi-parcours, et le Bâtard reste bien entendu le meilleur de tous, malgré une morale bafouée. Le fantastique prend une place discrète mais bien présente dans cette fresque chevaleresque, il n’y a franchement rien à redire de ce côté-là ! Bref, une excellente lecture que je n’aurai de cesse de conseiller à tous les amoureux du genre, et même aux novices ! Autant vous dire que je n’ai qu’une hâte : la sortie du second tome en poche !


18/20




Les autres titres de la saga :
1. L'Ombre du pouvoir
2. Le fou prend le roi
- saga en cours -



5 commentaires:

  1. Hello, merci pour les compliments :) Comment?... Une des révélations était prévisible? (en fait je crois que j'ai fait en sorte que tout soit plus ou moins devinable). Il n'empêche, j'aimerais bien savoir laquelle! :) (en mp sur facebook ou fabien.cerutti@free.fr)

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    1. Eh bien, quelle surprise ! :D
      En effet, c'était prévisible mais comme vous le dites, et au vu de ce qu'on apprend sur l'intelligence du Bâtard au fil de la lecture, cela faisait parti des choses aisément devinables... mais j'enverrai tout de même un petit mail, c'est toujours sympa d'en apprendre sur plus sur les véritables intentions de l'auteur :D

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  2. La suite se concentre apparemment plus sur son descendant, cela devrait permettre de mieux le connaître que grâce à de simples lettres.

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    1. C'est vrai et puis l'épilogue le laisse entendre ainsi, mais j'espère qu'on ne perdra pas de vue le Bâtard car c'est et restera mon personnage préféré !

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  3. Moi c'est le personnage de Pierre qui a fait que ce ne fut pas un coup de cœur (il m'a tellement vite énervé !)

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