22 juin 2017

Azilis, tome 2 - La nuit de l'enchanteur



            « Tu entendras peut-être d'étranges légendes à mon sujet, Azilis. On raconte que je suis né de l'union d'une vierge et d'un démon. Que je parlais dès ma naissance. Que j'ai plus de cent ans. Ne détrompe jamais ceux qui racontent ces bêtises car, sans le savoir, ils augmentent mon pouvoir. En te livrant la vérité, je m'affaiblis. Le comprends-tu? Alors jure-moi de garder ces révélations secrètes... »


      Je poursuis ma relecture de cette saga en lecture commune, et je fus bien contente de voir que les nombreux souvenirs que j’en garde ne m’ont gâché en rien mon plaisir.

       Pourtant, le début partait assez mal. Si je retrouvais la plume douce et enivrante de l’auteure, je découvrais également un domaine qui ne me touche pas particulièrement, à savoir la religion chrétienne. En général, cela ne m’agace pas vraiment, cependant les cinquante premières pages se destinaient à la vie de Ninian, frère d’Azilis et moine. Comme on se l’imagine dans un monastère, la vie est austère, laborieuse, en un mot pénible. Et l’intrigue peinait à décoller. Sachant que l’on retrouvait Azilis et Artorus par la suite, j’ai réussi à poursuivre sans sauter une page. Mais j’imagine que ce début peut en rebuter plus d’un lors d’une première découverte.
       Comme promis, la suite nous ramène auprès d’Azilis. Devenue Dame de Bretagne par le vœu d’Artorus, le dux bellorum (chef des armées (même si bellum signifie guerre en latin)), l’adolescente s’ennuie profondément à Ynis-witrin, son nouveau domaine. La vie y est paisible, les connaissances n’affluent pas, la morosité la gagne. Myrddin va alors lui offrir la possibilité d’apprendre sa magie, et Azilis ne pourra qu’accepter. Et là, tout bascule. Une sorte de triangle amoureux se dresse, reliant Azilis à son tuteur mais aussi à son compagnon Kian, bien entendu présent aux côtés de sa belle. Le couple va connaître des temps éprouvants et leur volonté et amour seront mis à rude épreuve.
       Si je me souvenais parfaitement de cette romance, je ne me rappelais plus qu’elle prenait tant de place dans l’intrigue. Moi qui suis la plupart du temps réfractaire à toute forme de romance, je dois dire qu’ici cela ne m’a pas du tout dérangé dans ce tome. Les choses sont amenées avec à la fois de la retenue et de la fluidité, cela tombe sous le sens et on se laisse porter sur la vague d’émotions. De plus, on suit constamment l’évolution de la guerre d’Artorus face aux saxons, y’a une bonne alternance entre tensions et frissons, c’est parfait une lecture légère.
       La fin arrive abruptement avec des rebondissements qu’on ne pouvait imaginer. Enfin si, on le sentait venir depuis un bon moment, mais c’est une fin qui vous retourne l’estomac, le genre difficile à encaisser et qui donne envie de se jeter sur la suite dès maintenant.

       Ce tome est avant tout l’occasion d’en apprendre plus sur la magie druidique. Leur façon de penser, leur usage des plantes pour des décoctions, poisons ou encore pour des sortilèges, les mots à prononcer pour ces derniers, rien n’est oublié et l’ensemble donne une cohérence et un réalisme saisissant pour une saga pourtant classée jeunesse. C’est à la fois léger et instructif, tout simplement parfait.

        Azilis a perdu de son agacement dans ce tome pour gagner en maturité, ce fut également un gros plus dans cette lecture. Coincée dans ses doutes et la crainte pour son frère, qu’il lui arrive d’entrevoir en rêve, elle ne prendra pas toujours la bonne décision ou bien se cachera derrière de beaux mensonges, quoi qu’il en soit on s’attache à ce personnage torturé.
       Il en va de même pour Kian. L’esclave affranchi dans le précédent tome conserve sa discrétion passée, malgré sa crainte de perdre Azilis, sa raison de vivre. Ca peut sembler fleur bleue dit ainsi, je peux vous assurer que c’est bien plus complexe dans l’intrigue. A côté de cela, j’ai trouvé que c’était le personnage le plus attachant car plus torturé encore que les autres. Il n’a jamais eu de place dans le monde et même libre, il peine à s’en forger une. Pour ce faire, il est contraint de se battre, décision de moins en moins déchirante. Et encore…
       Myrddin est un personnage ambivalent, presque lunatique. Un jour souriant et drôle, il peut très vite devenir sérieux voire cynique. Il est difficile de voir en lui la méchanceté incarnée, même si certaines situations s’y prêtent. Mystérieux et intelligent, il possède forcément une touche attirante.

       Au final, quand je vois ce que je dis sur les personnages, je me rends compte que l’intérêt de cette œuvre porte également sur la confiance. Les personnages sombrent dans les ténèbres du doute les uns après les autres, même Artorus sera la proie à la crainte. Forcément, cela amène la question de la confiance envers les autres mais surtout en nous, sur nos propres capacités.

       La plume, comme je le disais en début de critique, est belle, poétique, elle a cette force à nous entraîner à sa suite sans qu’on se rende compte du défilement des pages.
   

       Cela faisait longtemps que je n’avais pas dévoré un livre sur deux jours, mais ce second tome a su retenir mon arrêt malgré un début plutôt difficile. Tout est mis en place pour que le lecteur passe du bon temps, que ce soit par la force de caractère des personnages, par l’intrigue mouvementée, par la mise en page agréable. Et cette horrible fin qui donne envie de se jeter sur la suite… Et dire que je dois attendre la prochaine lecture commune. Bref, un second tome excellent pour les adolescents comme les adultes en quête de légèreté intelligente.



17/20




Les autres titres de la saga :
1. L'épée de la liberté
2. La nuit de l'enchanteur
3. Le sortilège des vents
- saga terminée -

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