12 janv. 2017

Rois du Monde, tome 1 - Même pas mort



         
 Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la Guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. Entre beaux-frères, ce sont des choses qui arrivent. Surtout quand il s’agit de rois de tribus rivales… Ma mère, mon frère et moi, nous avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés.
Là-dessus, le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : mon frère et moi, il nous a envoyés guerroyer contre les Ambrones. Il misait sur notre témérité et notre inexpérience, ainsi que sur la vaillance des Ambrones. Il avait raison : dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril. Comme prévu, je suis tombé dans un fourré de lances. Mais il est arrivé un accident. Je ne suis pas mort.


            

     Ce livre a une grande histoire. Oui, oui, il en contient une aussi. Tout commence lorsque mon homme est pris d’une libido livresque. Il voulait acheter un livre (pour ne pas avoir à payer de frais de port sur une célèbre plateforme XD). Oui, mais quoi ? Si vous saviez qu’il m’a appelé pour savoir… il était parti pour des Naheulbeuk, et j’ai su le ramener sur le droit chemin de la Fantasy avec Même pas mort (que je n’avais à l’époque pas lu :P). Il fut enchanté par sa lecture, lui mettant 20/20 (défi de le faire lire et aimer ça gagné !).
       Et je le comprends tellement…

       Il est difficile de mettre des mots sur une lecture aussi envoûtante. Peur de décevoir, de ne pas donner suffisamment envie. Pourtant, je pense que je peux dire sans me fourvoyer que c’est le plus beau livre de Fantasy française mature qu’il m’ait été donné de lire. Même pas mort fait parti des ouvrages qui se savourent et se dévorent à la fois. Tout est excellent. Et pour une fois, ce n’est pas une exagération, juste un constat. La plume, dansante et onirique, nous embarque dans des contrées inhospitalières, où magie, croyance et trahisons rôdent la nuit lorsque le loup dort.
       Le décor lance parfaitement bien l’histoire. Titilleur et envoûtant, il laisse peu de place à l’envie de déposer le livre ; tout de suite faut-il entamer le premier chapitre. En parlant de ce dernier, je me dois au passage prévenir que ceux-ci sont longs. Si certains sauts de lignes permettent d’interrompre cette lecture, les maniaques du livre comme moi éprouveront bien des difficultés à couper leur lecture en plein milieu d’un passage ! Mais bon, cela permet entre autre de ne jamais s’arrêter pour mieux dévorer !
Nous suivons ainsi les traces de Bellovèse, fils de Sacrovèse, dans une quête non pas initiatique mais qui sera déterminatrice quant à son droit de vivre. Le lecteur apprend les détails de sa jeunesse et des raisons de son parcours à petits feux, par l’intermède de flashback décousus et étonnants, parfois même déroutants.
       J’ai ressenti un seul point négatif pour cette lecture, raison pour laquelle il rate de peu le parfait, en ce qui concerne le deuxième tiers du récit, où l’on s‘arrête vraiment sur l’enfance de Bellovèse son jeune frère Ségovèse. Jaworski parvint à conserver un souffle épique dans ces moments candides, j’ai pourtant perçu un essoufflement dans mon intérêt, un léger cahot très rapidement oublié par le retour à une intrigue plus rythmée.
       La fin est quant à elle grandiose. En guise de conclusion à ce premier tome, un enchaînement de faits, de rencontres, de surprises et de révélations, le tout accompagné d’émotions à couper le souffle pour que le fin mot de l’histoire, le souvenir que nous ayons à la conclusion de cette lecture soit : époustouflant ! Stupéfiant, étourdissant, phénoménal, prodigieux ! Je peux vous sortir tous les synonymes que je veux, aucun ne seront à la hauteur de ce récit chatoyant, frais et poétique, aux frontières du philosophique.
       (Et si on considère la fin de ce premier tome et pour avoir lu la première ligne de Chasse royale, le second, je peux dors et déjà vous assurer que la suite promet de grands moments !)
  
L’auteur plante un décor sobre et poétique, suffisamment décrit pour que le lecteur puisse se l’imaginer convenablement sans toutefois que cela prenne le pas sur l’intrigue première. Sauvage et inhospitalier, j’ai regretté ne pas avoir pu gambader davantage sur ses terres hostiles, où les traditions guerrières et païennes sont respectées.
En ce qui concerne les peuples en général, j’ai éprouvé tout le long une hésitation quant à leur appellation. Arverne, biturige, tout cela me rappelait mes cours de latin, si bien qu’il m’a fallu obtenir confirmation. Et j’avais bien raison. Si l’auteur rajoute possiblement des lieux imaginaires dans son récit, l’ensemble est tiré de la mythologie gréco-latine, ce qui rend ce livre encore plus puissant à mes yeux. L’auteur mêle imaginaire et réalité, savant alliage pour qu’on en vienne à les confondre.
Je crois que c’est ça qui façonne l’unicité de ce livre : cette osmose d’ingrédients créant une alchimie parfaite.

       Parlons des personnages, à présent.
       Bellovèse, jeune homme de son état, m’a paru irréprochable et sans défaut. Si sa jeunesse le pousse à quelques audaces candides et par conséquent irrespectueuses, comme tout bon enfant le ferait. Casse-cou de son état, son courage et sa témérité le conduisent dans des situations impossibles, où la providence et le monde des songes le préservent d’une fin terrible. En prenant du recul, on relève toutefois que le qualificatif d’«irréprochable» n’a pas de sens. En grandissant, le héros développe néanmoins des valeurs morales une volonté de fer, toutes deux nécessaires dans sa quête.
       Ségovèse, son jeune frère, délivre également les qualités du courage et de la témérité, pourtant il fait fi des règles de prudence et plonge souvent son aîné dans des situations difficiles, où ce dernier paiera le prix de son imprudence. On l’observe au travers des yeux de Bellovèse, il est donc difficile de rester indifférent à ce jeune frère aimé.
       Sumarios, lui, représente le véritable héros des exploits guerriers, fidèle au code d’honneur et aux cultes divins. Certains choix le plongent sous un mauvais jour, il est pourtant vain de ne ressentir aucune sympathie pour cet homme qui risque de tout perdre s’il ne parvint pas à tenir sa promesse. Au final, il est très peu présent dans ce premier tome, ses rares interventions sont néanmoins garantes de sécurité et de sagesse.
       Quant à Albios, personnage que le lecteur découvre d’entrée de jeu, j’ai aimé son caractère, même si les révélations des quinze dernières pages étaient prévisibles.
       En ce qui concerne le roi… Eh bien ce fut surprenant. (Je n’en dirai pas plus !)

       Si vous êtes un fin observateur, vous avez pu vous rendre compte que je n’ai évoqué aucun personnage féminin. C’est en parti dû au fait que, hormis la mère, les femmes sont tenues à l’écart. Pour les féministes de notre époque, cela pourrait être un véritable frein pour pénétrer dans cette lecture. Pourtant cela m’a paru nécessaire pour retranscrire la culture antique. A l’époque, les femmes étaient considérées comme des moins que rien, tout juste bonnes à pondre des enfants et s’occuper de la domesticité. A peine si on écrivait leur nom sur leur tombe !
       Entre les déesses viles et méchantes de l’Île des Vieilles et la Cavalière de la forêt bordant le logis des enfants du défunt Sacrovèse, la figure féminine est reléguée au rang d’être méprisant à l’origine de tous les maux. Seule la mère de Bellovèse et Ségovèse est sacralisée, encore que les dernières pages tendent à détruire cette image de perfection. Encore faut-il croire certains propos…

       Comme je le disais en début de critique, la plume fait tout le livre (nan, je rigole, mais c’est le principal ingrédient qui m’a plu !). Sans elle, l‘histoire serait somme toute banale, répondant aux codes de la Fantasy. Mais la plume glisse et philosophe sans cesse, insérant des termes précis et voluptueux, des termes que la langue française emploie rarement et qui pourtant ont le pouvoir d’enchanter le récit, comme Jean-Philippe Jaworski. Ce fut une lecture magique par bien des égards, mais la plume a permis ce petit miracle.
       Si le résumé ne vous emballe pas plus que cela, donnez-vous au moins la peine de lire le prologue, qui ne dépasse pas les dix pages. Vous verrez que vous serez aussi accro que moi avant même d’avoir atteint la troisième page ! (La première ne compte pas, ce n’est qu’une moitié ^^)

       En conclusion, ce livre fut une belle claque, à la fois philosophique et littéraire. Le style envoûte quand l’alliage du récit intrigue au plus haut point. Certes, la disposition des temps et le mélange réalité et rêve peuvent être déroutants. Ce premier tome est en tout cas une réussite littéraire et classe selon moi l’auteur au rang de monument de la Fantasy française mature. Lire le second tome sera bientôt une nécessité, autant que les Récits du Vieux Royaume !


19/20




Les autres titres de la saga :
1. Même pas mort
2. Chasse royale
- Saga en cours -


Chronique des partenaires :
Noveto

2 commentaires:

  1. Et bien, si après la lecture de ta chronique on n'a pas envie de le lire, je ne sais pas ce qu'il faut faire ! Je me le note. ^^

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    1. Ah, ça me fait plaisir de le savoir, merci ! J'espère qu'il te plaira autant qu'à moi ! =)

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