5 mars 2017

Hygiène de l'assassin


   
Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, n'a plus que deux mois à vivre.
Des journalistes du monde entier sollicitent des interviews de l'écrivain que sa misanthropie tient reclus depuis des années. Quatre seulement vont le rencontrer, dont il se jouera selon une dialectique où la mauvaise foi et la logique se télescopent. La cinquième lui tiendra tête, il se prendra au jeu. Si ce roman est presque entièrement dialogué, c'est qu'aucune forme ne s'apparente autant à la torture.

Les échanges, de simples interviews, virent peu à peu à l'interrogatoire, à un duel sans merci où se dessine alors un homme différent, en proie aux secrets les plus sombres. Premier roman d'une extraordinaire intensité, où Amélie Nothomb, 25 ans, manie la cruauté, le cynisme et l'ambiguïté avec un talent accompli.



     Choisi par Kyradieuse pour challenge Pioche dans ta PAL, j’étais très contente de m’attaquer à ce court roman. Pour ne rien vous cacher, je l’avais déjà commencé y’a de cela trois-quatre ans entre deux partiels mais je n’avais trouvé ni le temps, ni le besoin de le poursuivre.

       Pourtant, les préceptes développés par les personnages sont extrêmement intéressants. Oui, ne vous attendez pas à un livre bourré d’actions, de rebondissements. Amélie Nothomb subjugue son lectorat par le biais d’une succession d‘interview envers un vieil auteur sur le point de mourir d’une maladie rare.
       J’ai dit aucun rebondissement, la dénégation est un tantillet exagérée. Le personnage central, Prétextat Tach, présente en réalité une jovialité première avant de changer d’humour, excédé par les questions et assertions des interrogateurs. Ainsi le personnage devient capable d’affirmer une chose et son contraire dans le but réfléchi de faire tourner la tête à ses locuteurs – et au lecteur !
       Il sera finalement confronté (sur une bonne moitié du livre) à un dernier locuteur, plus pervers, plus sûr de lui, un personnage qui maîtrise bien mieux le sujet de son étude : l’auteur lui-même. Très vite, la conversation prend une tournure inattendue, les pages défilent toutes seules devant cette tension lexicale et les préceptes des deux parties se dévoilent au grand jour, révélant un secret dérangeant.

       En refermant ce livre, j’étais incapable de dire si j’ai aimé ce livre ou non. J’ai conscience d’avoir découvert un petit monument de la littérature contemporaine française ; j’ai conscience qu’il y a des idées intéressantes, poignantes, qui mènent à une profonde réflexion – et qui m’ont souvent plu. Cependant la mise en forme de ce contenu, quoique percutant, m’a gêné car j’avais du mal à m’imaginer les différents personnages. Comprenez bien, ce livre se lit comme une pièce de théâtre, même si la nomination des personnages devant chaque réplique manquent, ce qui peut d’ailleurs conduire à une perplexité parce qu’il devient difficile de savoir qui parle, par moment. Cette succession de réplique empêche les gestes et l’action, et j’ai assimilé ces derniers à des didascalies, des précisions qui viennent accentuer l’importance de celles-ci.

       En bref, dans l’ensemble j’ai aimé ce livre, je l’ai dévoré en moins d’une après-midi, pourtant la forme m’a gêné. De plus, on évolue en huis-clos, une sensation de claustrophobie se développe et cela n’aide pas à aérer l’ensemble. Si ce livre vous tente, partez du principe que vous le lisez pour les idées qu’il divulgue, non pour le reste.

       Le personnage est finement travaillé. Je ne parlerai que de Prétextat Tach car il est vraiment au centre de l’enjeu, et les autres ne sont pas suffisamment décrits dans leur physique ou leurs habitudes pour qu’on puisse en tirer quoique ce soit d’intéressant. Revenons à nos moutons. Le protagoniste est vraiment étrange, à affirmer un tout et son contraire en laisse de quelques minutes de lecture. Il procure une sensation étrange de déséquilibre, une netteté suintante de pue. Totalement antipathique, le secret qu’il renferme le montrera sous un nouveau jour.

       La fin du livre se lit quasiment comme une chute. C’est une boucle sans fin, où le pire survient toujours. On ne sait ce que devient le locuteur après cela, et c’est cela qui fait perdurer la boucle.

       Le style n’est pas bien difficile, pourtant j’ai eu l’impression qu’il contribuait à accroître le malaise. Je ne saurai dire pourquoi, peut-être le fait qu’il ne véhicule rien, juste des mots mis bout à bout pour former des phrases et des idées, sans émotion. Une petite gêne en soi qui n’empêche pas de lire le livre.

       En conclusion, je suis contente d’avoir enfin découvert ce petit monument de la littérature française. Les idées véhiculés sont intéressants et font réfléchir sur l’humanité et les différents idéaux, toutefois la forme de l’œuvre m’aura gênée, on est davantage confronté à celle d’une pièce de théâtre qu’autre chose. Une bonne découverte, je sais que je lirai d’autres publications d’Amélie Nothomb.



13/20


2 commentaires:

  1. Ce n'est pas mon Nothomb préféré, mais il se lit bien ! J'aime énormément cette auteure et sa plume si singulière. J'ai hâte de voir tes avis sur d'autres de ses titres !

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    1. C'est vrai que je craignais qu'elle soit pris de tête à découvrir mais finalement ça passe très bien ! Je promets pas que ce soit pour tout de suite, mais j'en lirai forcément d'autres !

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