26 avr. 2019

Le dernier chant d'Orphée




On dit qu’il pouvait, par son chant, charmer les animaux et les arbres, sa voix fit chavirer les sirènes elles-mêmes. Mais son coeur appartenait à Eurydice, et lorsque la mort vint la lui ravir, Orphée se présenta aux portes des enfers, armé de sa seule lyre, afin de reprendre à Hadès l’âme de sa bien-aimée.



Un grand merci aux éditions ActuSF pour ce partenariat !

Pourquoi ce livre ? La couverture est splendide mais, plus encore, c’est pour son auteur que j’ai voulu lire ce livre. En effet, je n’ai encore jamais lu de Robert Silverberg et, pour quelqu’un qui se targue d’avoir de la culture en littérature de l’imaginaire, ça représente un trou dans mes références. Tout ceci a motivé ma demande auprès d’ActuSF.

Comme l’indique clairement le titre, ce livre porte sur les aventures d’Orphée, ce héros antique, fils d’une Muse et d’un héros mortel. Par son ascendance, Orphée va devenir un artiste culte, les légendes se développant autour de ses prouesses, qu’il ne cherchera - comme il le dit lui-même - ni à confirmer ni à réfuter leur réalité.
Toute son histoire est passée au crible par Robert Silverberg. Par un excellent point de vue à la première personne, le héros va nous conter, dans un style en prose courant, son histoire, de son passage douloureux dans les Enfers, royaume d’Hadès, pour sauver sa belle Eurydice de la mort, ou bien son voyage sur l’Argo, bateau affrété par Jason, parti en quête de la Toison d’or. La fin, on la devine, porte sur son art, ses errances, ses dernières rencontres jusqu’au retour dans sa patrie, qu’il tente de sauver.

Malgré le caractère légendaire de ce récit, j’ai trouvé que ce livre se lisait très bien et, pour tout vous dire, je l’ai lu d’une traite. Le livre a du rythme, un sentiment prodigué par l’amorce des chapitres à la fin des précédents (en gros, chaque fin de chapitre introduisait ce qu’on allait découvrir dans la suite). De fait, on a toujours envie de poursuivre notre lecture, mû par la curiosité. Et puis, cet effet permet un certain suspens, qu’on a vite envie de dissoudre !

Le héros interpelle par moment le lecteur. Sans non plus héler, il donne parfois du “nous”, permettant une connivence entre le lecteur et lui-même. Si cet effet est sympathique et donne l’impression que le héros est revenu des Enfers pour nous conter son histoire à nous, et seulement nous, je dois dire que ce n’était pas forcément nécessaire. Toutefois c’est suffisamment discret et fluide dans le récit pour ne pas que cela devienne un élément gênant.

Le récit montre également l’immense culture de l’auteur. En effet, outre l’histoire d’Orphée lui-même, déjà bien documentée car fouillie de détails, d’autres petites anecdotes accompagnent la rencontre avec d’autres héros ou figures féminines : des allusions à Médée, à la vie de Jason, à Ulysse, à certains dieux et j’en passe. Pour les férues de mythologie greco-romaine comme je le suis, ce livre peut être une mine d’or pour les amateurs ou un excellent rappel pour les passionnés. De mon côté, si je connaissais globalement son histoire (j’adore le personnage d’Orphée), j’ai tout de même appris certaines choses, notamment sur sa fin délirante.

Orphée est d’ailleurs un personnage profond. Réputé pour sa sagesse et son recul, les notes pincées sur sa lyre le propulse comme un héros passif puissant. Ne pensez surtout pas qu’il n’est qu’un simple troubadour car son pouvoir endort les plus vils serpents et calme les maux de compagnons plus valeureux les uns que les autres. Une légende se construit autour de sa personne, à nous de croire ou non aux rumeurs qui courent.

Le style se lit très bien ! Vu l’époque à laquelle écrivait Robert Silverberg, je craignais d’avoir un style pesant et rébarbatif. Que nenny ! Nous voilà plongés dans un ton enlevé, fluide, au rythme intense grâce à l’emploi de cette première personne. En tout cas, il me donne envie de découvrir d’autres histoires de cet auteur.

Comme pour Les Questions dangereuses de Lionel Davoust, le livre se divise en deux parties puisque deux tiers sont consacrés à l’histoire quand le dernier tiers rapporte une interview de l’auteur, conduite par Éric Holstein.
Eh bien je dois dire que je suis sceptique. Autant on perçoit toutes les influences et les références dans lesquelles il a puisées ou qu’il a engendrées. D’un autre côté, et il ne le cache pas, on découvre un bonhomme bourgeois qui éprouve le besoin de vivre dans un réel confort, qui remet en cause la culture des uns et des autres sous prétexte qu’il se sent supérieur (il affirme quand même que les Français cultivent le savoir et le raisonnement, si ça peut flatter l’ego de certains).
Si je devais résumer ce que je retiendrais de cette interview, c’est que je n’ai pas envie de rencontrer l’auteur d’un point de vue personnel parce que sa façon de penser ne me convient pas ; en parallèle, j’ai franchement envie de découvrir d’autres oeuvres de ce monstre de la science-fiction.



Si ce n’est pas non plus un coup de coeur du fait d’une absence de surprises (c’est un mythe, il ne peut en être autrement), j’ai adoré me plonger dans la légende autour d’Orphée, un de mes héros grecs favoris. Sa vie n’est pas simple et l’auteur rapporte parfaitement le moindre détail, montrant ses connaissances autour de ce personnage mais aussi sur ceux qu’il côtoie. Le tout est dans un ton léger, rythmé, une plume à la première personne qui permet une connivence entre le lecteur et le héros.



15/20




4 commentaires:

  1. Etant un des heros mythologique que je connais le moins, j'ai bien envie d'essayer de le découvrir via cette version. En tout cas ton avis donne très envie (je passerais peut être sur l'interview de l'auteur par contre....).

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    1. Après, c'est peut-être moi qui me suis agacée pour rien sur les réponses de l'auteur. Mais le récit vaut le coup !

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  2. J'aime beaucoup les réécritures des mythes grecques, ce roman a l'air vraiment sympa ! Si tu apprécies les réécritures mythologique je te conseille celles de Madeline Miller qui a écrit sur Circé et Achille !

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    1. Si tu aimes le genre, je te le conseille. Quant à moi, je ne connais pas les titres que tu cites mais je les note, merci !

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